Avertir le modérateur

06/06/2007

Pie XII : "Pendant la guerre, j'ai failli sauver des juifs. Si, si !"

 
medium_240px-Pie_XII.jpg

Voilà qui devrait plaire à notre Feldmaréchal, lancé dans une grande et belle croisade contre toutes les formes de repentance.

Dans une brève publiée aujourd'hui, le JDD cite le cardinal Tarcisio Bertone. Y a de quoi. Le secrétaire d'Etat du Vatican n'hésite en effet pas à livrer une information qui pourrait bien remettre en cause toute l'historiographie officielle de la Deuxième Guerre mondiale. Rien de moins.

Attention, accrochez-vous bien.

Le brave homme affirme que le Vatican a tenté en 1943 d'enrôler des juifs romains dans ses forces de sécurité pour les sauver des nazis.

Et pas qu'un peu.

Carrèment 1 425 juifs que l'église aurait essayé d'embaucher dans la Garde Palatine.

Là, chapeau. Y avait largement de quoi enrayer la machine d'extermination nazie. De quoi mettre au chômage technique tous les bourreaux d'Auschwitz-Birkenau et de Buchenwald.

Y avait… Parce que finalement, ça ne s'est pas fait.

L'occuppant allemand n'a pas voulu.

Niet, il a dit.

Ben oui.

Le Vatican a demandé l'autorisation aux nazis.

On voit ça d'ici. Pie XII, pape qui en avait quand même des grosses comme des melons, n'hésitant pas à apostropher durement le chef des méchants :

Euh… excusez-moi, Herr Major. Je voulais vous parler d'un truc. On a quelques bons gars qui bossent bien pour nous. Ils prêtent main-forte à la garde, ils font la vaisselle, ils portent bien l'uniforme… On se demandait si on pourrait pas les embaucher. Ça nous ferait un renfort d'un petit millier de bonhommes.”

Ach, quess que vous voulez que ça me foute ?”

Ben… Le truc, c'est qu'ils sont un petit peu… un tout petit peu, hein… juste un brin… juif. On peut quand même ? Allez, s'il vous plaît…”

            [ Un peu comme si le Juste Raoul Wallenberg, qui a seulement sauvé entre 20 000 et 100 000 juifs en leur octroyant des passeports temporaires de citoyens suédois, avait toqué à la porte d'Adolf pour lui demander la permission. ]

Parce que bon, on a beau être en guerre, c'est pas pour ça qu'il faut oublier les règles de politesse les plus élémentaires.

Pas de pot, les nazis ont dit non : pas de juifs dans la Garde palatine. Mais c'est pas grave, explique ce bon vieux Tarcisio : c'est l'intention qui compte.

D'où, poursuit gaillardement le cardinal : les historiens pointant l'assourdissant silence de l'Eglise face au génocide juif sont que des salopards de salisseurs de mémoire. Ceux qui mettent en regard l'excommunication des infâmes bolchéviques staliniens et l'absence de condamnation des nazis sont que des suppôts de Satan. Et ceux qui s'amusent à exhumer cette lettre de Pie XII au cardinal de Berlin en 1943 ont de la merde dans les yeux s'ils ne voient pas que le pape y incitait clairement le clergé à prendre position : "Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d'apprécier si, et dans quelle mesure, il faut user de réserve, malgré les raisons qu'il y aurait d'intervenir, pour éviter de plus grands maux, étant donné que les déclarations d'évêques risquent d'entraîner des représailles et des pressions, et en tenant compte d'autres circonstances dues peut-être à la longueur et à la psychologie de la guerre. C'est l'un des motifs pour lesquels Nous-même, Nous nous limitons dans nos déclarations." C'est clair, non ?

Salauds d'historiens. Puisqu'on vous dit que Pie XII n'est pas resté sans rien faire. Il a demandé l'autorisation.

C'est pas sa faute si les nazis ont pas voulu, quand mêmeeeuhh.

D'ailleurs, il s'est pas fait niquer deux fois. Quand il a fallu sauver des milliers de dignitaires nazis à la fin de la guerre, Pie XII n'a demandé l'autorisation à personne. Il a foncé. Tout seul. Comme un grand. Enfin… avec l'Eglise avec lui.

Alors faudrait peut-être un peu arrêter de critiquer sans savoir. Quand mêmeeeuhh.

Commentaires

Devant autant de mauvaise foi, je doute de l'utilité de ce commentaire. Toutefois, je vous invite vraiment à vous renseigner quelque peu sur cette question historique délicate : www.pie12.com

Et à acheter l'ouvrage du professeur et rabbin David Dalin qui paraîtra le 21 juin prochain et qui s'intitule "Pie XII et les Juifs".

Je veux croire en votre honnêteté et que vous lirez cet ouvrage, quitte à montrer ensuite votre désaccord avec les travaux de recherche fait par ce juif. Au moins aurez-vous fondé vos critiques acerbes sur des faits historiques.

Inutile enfin de vous dire que l'aide apportée par Pie XII aux dignitaires nazis relève de la pure fiction... Il n'existe aucun document le prouvant.

Avant de recopier les mensonges qu'on peut lire un peu partout sur le net, il faut faire preuve de rigueur, car vous insultez la mémoire d'un homme et bafouez les croyances de nombre de croyants.

Écrit par : Pierre Gelin | 07/06/2007

Que sont les billevesées, les insanités proférées par des mécréants à la face de Dieu?... - Rien... Pas grand-chose... Si peu... - Je suis tombé sur ce blog par hasard... Dieu aussi sûrement!... Dans un moment de distraction...

Écrit par : gilou | 07/06/2007

Gilou, mon petit chou, soyez gentils : allez traîner vos guêtre de fanatique ailleurs que sur mon bloug. Merci.

Quant à vous, M. Gelin, vous ne pouvez (puisque vous avez l'air documenté) ignorer le rôle trouble que prête une bonne partie de l'historiagraphie à Pie XII. Se taire et ne pas dénoncer, c'est participer, voilà tout.
Ce fut globalement la posture adoptée par le clergé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je vous rapellerai juste la réponse faite, en son nom en 1940, à la suplique des évêques polonais de condamner les exactions nazies : « Tout d'abord, il ne semblerait pas opportun qu'un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d'injustices. Non pas que la matière manque (…) mais des raisons pratiques semblent imposer de s'abstenir. »
Voilà toute l'attitude de l'église, depuis la nuit des temps : ne pas prendre de risques. Je trouve ça bien loin de l'idéal chrétien, voilà tout.
Et puis, avouez que prétendre que le Vatican a tenté de sauver des juifs tout en expliquant que le refus nazi l'a rendu impossible, comme le fait le cardinal Bertone, est tout simplement pathétique.
Quant au réseau Ratlines et autres filières d'évasion des anciens dignitaires nazis, vous avez raison : rien ne prouve que Pie XII soit impliqué. Mais rien ne prouve le contraire non plus. Et le refus du Vatican en 2000 de rendre publique ses archives ne fait que pointer davantage le soupçon.

Écrit par : Le charançon Libéré | 07/06/2007

Bonjour Monsieur,

Je vous prie par avance de m'excuser pour la longueur de ce message. Il est difficile en effet de répondre en 2 secondes à ce genre de questions.

Je ne suis pas d'accord avec vous. Je n'ignore pas qu'une petite partie de l'historiographie prête un rôle trouble à Pie XII. Si j'écris "petite", ce n'est pas pour polémiquer. Les historiens ayant vraiment étudié la question se sont en grande majorité inclinés devant le rôle bienfaiteur de ce pape. Je vous renvoie à ce sujet à la synthèse téléchargeable que vous trouverez sur notre blog.

Pourtant, nous ne pouvons nier qu'il y ait eu de nombreuses publications contre Pie XII. Il est amusant d'en regarder la provenance. La plupart sont écrits par des journalistes qui n'ont aucune formation dans le domaine, mais qui n'hésite pourtant pas à s'inventer des qualifications, comme ce fut le cas de John Cornwell dont le livre fut vendu à des centaines de milliers d'exemplaires (c'est le plus vendu sur le sujet), relayé considérablement par les médias. Le journaliste anglais s'est rétracté deux ans plus tard (de mémoire), sans qu'aucun média n'en fasse mention. Un esprit honnête ne peut s'empêcher de trouver cela curieux.

Je ne pense pas que l'on puisse accuser l'Eglise de n'avoir jamais pris de risques depuis ses origines. C'est une attaque gratuite que je trouve d'autant plus regrettable qu'il est impossible d'y répondre en 5mn...

Toutefois, concernant Pie XII, la réalité n'est pas aussi simple. Pie XII a beaucoup parlé et agi, en tant que nonce en Allemagne tout d'abord (40 discours sur 44 dénonçaient les idéologies racistes, dixit le rabbin Dalin), en tant que secrétaire d'Etat et comme pape. Je vous renvoie une nouvelle fois à la synthèse historique et à l'ouvrage du professeur et rabbin David Dalin, cité dans mon post précédent.

Je remarque au passage une contradiction dans vos propos. Vous écrivez : "Se taire et ne pas dénoncer, c'est participer, voilà tout. Ce fut globalement la posture adoptée par le clergé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je vous rapellerai juste la réponse faite, en son nom en 1940, à la suplique des évêques polonais de condamner les exactions nazies."
Si le clergé fut coupable de participer aux exactions, comment se fait-il que les évêques polonais (qui ne sont pas des laïcs lambdas) aient adressé une supplique demandant la condamnation du nazisme ?

Mais je suis d'accord avec vous sur le fait que Pie XII n'a pas répondu à toutes les suppliques qui lui ont été adressées. Vous êtes en droit de considérer qu'il a eu tort ou raison. Toutefois, il ne faut absolutiser le cas particulier que vous citez. J'en connais d'autres : Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Edith Stein, etc. D'ailleurs, cette dernière a été victime du rafle... suite à une condamnation publique des évêques hollandais. Cette dernière a entraîné la déportation, quelques jours plus tards, de milliers de Hollandais. La réalité de l'époque est moins primaire que ce vous semblez en penser.

Pie XII a-t-il eu tort ou raison dans le cas polonais ? Je l'ignore. Mais ces nombreuses dénonciations, par ailleurs, montrent qu'il fut bien opposé très officiellement au nazisme. En témoigne la tentative d'assassinat de la part des nazis dont il fut l'objet (archives allemandes) ; en témoigne la participation du pape à une tentative d'assassinat contre Hitler (archives britanniques et vaticanes) ; en témoignent enfin les nombreux articles du New-York Times à l'époque.

Je viens de lire le dicours intégral du cardinal Bertone. Il ne parle pas du refus des nazis. Ne vous contentez pas des brèves de JDD, mais faites l'effort de bien vérifier les sources.

Tout d'abord, il faut savoir que la Garde vaticane avait des limites quantitatives, ce qui est toujours le cas aujourd'hui. Un enrôlement aurait été considéré comme une déclaration de guerre. Il était donc normal de prévenir les autorités en place.

Ensuite, contrairement à ce que vous écrivez, il semble bien que Pie XII ait obtenu l'accord des nazis, car le pape n'a aucunement précisé qu'il s'agissait de Juifs, ce que vous sous-entendez également. La force fut certes dissoute après, comme l'indique d'ailleurs la brève du JDD, ce qui implique qu'elle ait été créé au préalable ! Donc il semblerait que les nazis ont dit oui à la demande du pape, soit le contraire de ce qui constitue la trame de votre article.

Je ne reviendrai pas sur la calomnie que vous assumez sur la prétendue aide apportée par le pape pour la fuite des dignitaires nazis. Vous bafouez ici les lois, non seulement de la recherche historique, mais qui plus est de la plus simple des humanités : "Toute personne est innocente jusqu'à preuve du contraire." Comprenez-moi, si je vous accuse maintenant d'être un fasciste sanguinaire, que je trouve quelques raccourcis qui corroborent mon propos, cela fera-t-il de vous un fasciste ? En l'absence de documents le prouvant, certainement pas. En même temps, comme vous signez sur pseudo, il y a peu de risques que j'y parvienne :-) ! Pour résumer, il convient de ne pas accuser ainsi, sans preuve, car vous mettez en cause la mémoire d'un homme sans raison.

Enfin, en ce qui concerne les archives, il est visible que vous êtes peu au fait du fonctionnement. Cette critique est celle faite par les journalistes qui se contentent de retranscrire des dépêches de l'AFP, sans esprit critique. Pour ne pas surcharger un post qui n'a que trop durer, je vous renvoie à l'article suivant : http://www.pie12.com/index.php?2007/06/01/51-un-discours-antifasciste-censure-par-pie-xii Je vous invite à lire la partie consacrée aux archives vaticanes...

Bien cordialement,

Pierre G.

Écrit par : Pierre Gelin | 08/06/2007

Trop duré ? Je ne trouve pas. Au contraire, votre réponse est argumentée, modérée et convaincante. J'aime bien.

Mais cela ne changera pas grand chose, malheureusement, à mon sentiment profond, que vous semblez presque rejoindre par moment : la voix officielle de l'église n'a pas eu le rôle que l'on aurait été en droit d'attendre d'elle.
Enfin ! Le Vatican aurait dû hurler, s'indigner, crier, faire feu de tout bois, prendre tous les risques pour être à la hauteur des nobles sentiments qu'il s'est toujours plu à revendiquer.

Et non jouer de diplomatie, agir en sous-main, critiquer et condamner tièdement, faire un pas contre pour un pas pour, biaiser… Pour me convaincre, l'église aurait dû être irréprochable, car il me semble que c'est ce qu'on devrait attendre d'elle.
Encore une fois, ça n'a pas été le cas. Mais peut-être suis-je un peu trop idéaliste (et surtout non-croyant et plutôt anti-clérical, comme vous devez vous en douter).

Par contre, en aucune cas, je ne généralise. Il y eut des catholiques exemplaires en ces temps troublés. Par exemple, les membres de la Rose blanche, ou en effet Mounier (d'ailleurs, si toute l'église avait la classe d'Exprit, nous ne serions pas en train d'en parler).

Quant à maritain, je me contenterai un peu perfidement de citer un extrait de sa notice sur wikipedia :
"Après la guerre, il essaya sans succès d'amener Pie XII à s'exprimer au sujet de l'antisémitisme et de l'Holocauste."

Et je continuerai par la suite du paragraphe : "Mais son action au Vatican sur l'antisémitisme finit par porter ses fruits. La mention « pro perfidis judaeis », qui figurait depuis le IXe siècle dans la liturgie du vendredi saint, et signifiait "pour les juifs infidèles" fut remplacée puis supprimée par Jean XXIII en 1962."
Ce qui nous ramène à l'un des problèmes fondamentaux de l'Eglise, une certaine tendance à l'antisémitisme (je ne ferai pas l'injure de vous renvoyer à l'affaire Dreyfus ou aux temps agités de la fin du 19e s en France…).
Encore une fois : tout noir, sans doute pas. Mais tout blanc, en aucun cas.

Sur ce, je vais aller visiter votre blog.
(Et je ne signe pas sous pseudo : cliquez sur "à propos" sur la page d'accueil. J'ai l'habitude d'assumer mes écrits)

Écrit par : Le Charançon Libéré | 08/06/2007

M. Gelin,

on peut creuser, on peut fouiller, trouver des excuses ou des exceptions
reste que le rôle de l'église pendant l'occupation nazie fut des plus misérables.
Bien sûr ce ne furent pas les seuls. On peut couper les cheveux en 4, arguer d'une situation finalement commune à l'immense majorité des gens. Mais bon.
De l'inquisition au refus actuel de la capote, la hiérarchie catho ne s'est jamais singularisée positivement, ni par sa clairvoyance, ni par son humanisme.
Même animé de bonnes intentions, vous êtes aveuglés au plus haut point M. Gelin. Comme vous semblez doués d'un minimum d'intelligence, j'ose espérer que vous connaissez le lourd lourd passif de la religion chrétienne dans l'histoire. Comme la plupart des religions, la votre a des kilo litres de sang sur les mains. Et ce n'est pas vos bonnes intentions qui changeront quelque chose à la question.
Vous faites partie - à votre corps défendant j'imagine - d'une entreprise de décérébration de masse.
Je la conchie.
Et ne vous salue point.

Lémi

" un ange qui ne sait pas voler, c’est un genre de grosse poule, n’est ce pas ? " (P. Mayaux)

Écrit par : Lémi | 08/06/2007

Ouh là là, ce que je me prends d'un coup ! Cher Lémi, je ne sais pas ce que je vous ai fait. Peut-être que je représente pour vous l'Eglise rétrograde tout entière ! Nous dialoguons sur Pie XII, en essayant d'aborder la question de manière historique, et voilà que vous délirez sur l'Inquisition et l'usage du préservatif... Où est le rapport ? Je ne cache absolument pas que je suis catholique, mais ne mets pas cette foi au service d'un aveuglement nauséabond quant aux éventuelles dérives d'hommes d'Eglise. Vous êtes dur avec moi. Quoi qu'il en soit, attention à ne pas tout mélanger et à tout raccourcir. L'honnêteté est une vertu, qu'on ait la foi ou qu'on se réclame athée.

Par exemple, de quelle Inquisition parlez-vous ? Celle espagnole ? Celle française ? Celle vaticane ? Celle protestante ? L'Inquisition eut-elle pour vous des effets positifs ? Vu votre post, je considère que non. Mais peut-être me trompe-je... Le plus délicat dans l'écrit, surtout sur Internet où tout va vite, c'est qu'on interprête bien souvent de manière erronée. J'espère ainsi ne pas déformer votre pensée. Bref, vous semblez considérer que l'Inquisition fut une monstruosité. Pourtant, si vous en parlez avec des juristes, vous verrez qu'elle fut loin d'être si négative que cela, du moins chez les tribunaux qui relevaient directement de l'Eglise. Il ne faut pas s'en tenir à la pièce "Torquemada" de Victor Hugo et au film "Le nom de la rose"... Ce sont des oeuvres artistiques qui ne reposent aucunement sur l'histoire. Mais je m'arrête là, car l'Inquisition n'a pas grande chose à voir avec le sujet que nous traitons.


--) A M. Jean-Baptiste Bernard : Pardon, je n'avais pas vu votre nom. Merci pour votre réponse. J'y répondrai à mon tour ce week-end. Le temps m'est compté présentement, des obligations m'appellent.

Écrit par : Pierre Gelin | 09/06/2007

Bonsoir... ou bonjour Monsieur, suivant l'heure à laquelle vous lirez ce message.

Euh... Il est encore plus long que le précédent ! Je ne suis pas encore assez habitué à Internet, il faut m'en excuser.

Non, je ne rejoins pas votre sentiment profond. Il aurait effectivement été plus commode, avec le recul, que Pie ait crié, hurlé et tempesté contre le régime nazi. Toutefois, ce serait faire fi de la situation réelle de l'époque. Je crois qu'on peine à s'imaginer ce que pouvait être la vie sous un régime qui n'a pas hésité à massacrer 6 millions de Juifs. Je repense souvent à cette réponse de Hess lors du procès de Nuremberg, à un juge qui ne comprenait pas comment les nazis avaient pu organiser un tel génocide aussi froidement : "Depuis que nous sommes tout petits, on nous dit que les Juifs sont des rats. Vous plaindriez-vous contre quelqu'un qui viendrait à éliminer des rats ?" (Je cite en substance, de mémoire, pardonnez donc cette approximation historique) Cela fait froid dans le dos : comment peut-on atteindre un tel degré d'inhumanité ? A ce niveau là de détachement, je ne vois pas ce qui aurait pu les faire changer d'avis. Certainement pas la voix d'un pape qui avait plutôt tendance à les faire enrager, en témoigne l'expérience de "Mit Brennender Sorge" en 1937, en témoignent également les réactions furieuses des journaux nazis suite à l'élection de Pie XII...

Je ne dirai pas que l'Eglise a critiqué et condamné tièdement le nazisme. Je vous citerai de nouveau l'encyclique "Mit Brennender Sorge", certes relue en dernier et signée par Pie XI, mais entièrement rédigée par le cardinal allemand Faulhaber tout d'abord, et surtout par le cardinal Pacelli, alors secrétaire d'Etat. Ce texte est une condamnation radicale d'un régime politique, ce qui est une grande première dans l'Histoire de l'Eglise. Ce qui est amusant, c'est que tous les observateurs - historiens comme journalistes - reconnaissent la grande force de ce texte, mais certains osent affirmer que, le terme "national-socialiste" n'étant pas cité, l'encyclique ne serait donc pas une condamnation du nazisme proprement dit. C'est un raccourci bien simple qui ne prend pas divers éléments en compte : cette encyclique a été décidée par les cardinaux et les principaux évêques allemands avec Pie XII ; la première mouture a été rédigée par le très anti-nazi cardinal Faulhaber (qui a vu son épiscopat saccagé suite à la parution de ce texte, de même d'ailleurs que Mgr von Preysing) ; ce texte est rédigé entièrement en allemand, ce qui est une première car toutes les encycliques jusqu'alors étaient rédigées en latin ; elle fut imprimée directement en Allemagne et distribuée très discrètement pour être lue de manière éclatante, dans les 15 000 paroisses allemandes (et certains temples protestants), le dimanche des Rameaux de 1937...

Ensuite, comme autre texte fort, il convient de citer le discours de Noël 1942, honteusement coupé par Costa-Gavras dans son film "Amen" : il retire en effet tout le § qui condamne les persécutions contre les Juifs. Ne trouvez-vous pas cela malhonnête ? Je vous pose la question en toute bonne foi.

Je pourrais multiplier les exemples, mais je vous laisse découvrir le blog.

En ce qui concerne les membres de la Rose blanche, il est vrai qu'il y eut un certain nombre de catholiques qui en firent partie. Toutefois, rendons à César ce qui lui appartient : les Scholl sont protestants, non catholiques.

Le jeu de mot autour de Maritain était facile, mais il a eu le mérite de me faire sourire : "perfidement", dites-vous ? Non, vous l'avez plutôt indiqué "facilement". Mais je vous avais tendu la perche, puisque c'est moi-même qui vous en ai parlé, pour vous montrer que je n'ignorais les différentes suppliques adressées au pape. Pie XII aurait répondu à Maritain, suite à sa supplique et par son secrétaire interposé, en affirmant que cette condamnation avait déjà eu lieu, lors de la réception d'une délégation juive belge au Vatican, quelques jours auparavant. Et il est vrai qu'il n'y a aucune trace dans le discours qu'il aurait prononcé ce jour là d'une condamnation de l'antisémitisme et de l'Holocauste... Si cela vous intéresse, vous trouverez la trace de cette polémique dans le tome 3 des "Carnets" de Jacques Maritain (en annexe de mémoire).

Je trouve amusant que l'anticlérical que vous êtes cite un néo-thomiste pour justifier ses dires. En ce sens, vous êtes gonflé et ça m'amuse assez. Pour ma part, je suis un grand admirateur du penseur de Meudon. Mais il faut reconnaître que, concernant cet échange entre Pie XII et Maritain, nous ne disposons que de cette seule source. Il est donc impossible pour le moment de la recouper et de lui donner une assise. Je ne cherche pas à éviter le débat, car je pense que Pie XII n'était en aucun cas obligé de répondre à cette sollicitation privée, d'autant que, à cette époque, les hommages des Juifs au pape se succédaient, preuve que ce dernier avait été suffisamment clair dans ces condamnations pour beaucoup de personnes, à commencer par les principaux intéressés, les Juifs eux-mêmes.

Concernant la mention "pro perfidis judaeis", elle est plus complexe également qu'un simple relent d'antisémitisme. Elle sert souvent d'argument aux détracteurs de l'Eglise. J'en comprends la raison. Néanmoins, elle n'apparaît qu'une fois dans l'année, effectivement le Vendredi saint, lors de l'Office du matin. Je trouve assez grotesque de parler d'un antisémitisme de l'Eglise pour cette seule petite mention, surtout lorsque l'on sait qu'elle est prononcée le jour où, et je ne me contente là que du seul point de vue de l'historien, les Juifs ont condamné à mort Jésus, c'est-à-dire pour l'Eglise, leur propre Dieu. On peut comprendre dans ce cas que les Juifs soient considérés par les catholiques ce jour là comme "infidèles", non ?

Si vous mentionnez bien sa traduction exacte, "infidèle", je doute en revanche que vous ne soyez pas influencer par ce mot latin qui, trop souvent, est assimilé à "perfides". Il faut revenir au sens étymologique du mot : "per-fides", qui signifie "au travers de la foi" ou "infidèle" c'est-à-dire qui manque à la confiance mise en lui ("fides" signifiant aussi bien "foi" que "confiance"). Il faut revenir donc à son sens exact : Dieu avait mis sa confiance dans le peuple juif pour qu'il accueille son Fils. Le Christ n'a pas été accueilli, le peuple juif a manqué à la confiance que Dieu avait mise en lui. Ce qui n'empêche pas ce mot d'avoir une connotation négative, du fait du crime qu'ont commis Juifs sur le Christ...

Il ne s'agit donc pas ici d'antisémitisme. Pour simplifier, ce terme n’avait pas en latin le sens de « perfides », qu’il a acquis en français et dans les langues issues du latin. Il signifiait seulement que les juifs étaient « infidèles », reniant leur propre Dieu, c’est-à-dire entre autres n’adhérant pas à la foi chrétienne.

Mais toutefois, et cela vous semblera peut-être paradoxal à première vue que je le pense, j'approuve l'Eglise de l'avoir retiré, pour deux raisons : d'une part en raison de la tragédie juive lors de la Seconde Guerre mondiale ; d'autre part en raison même du sens radical qu'avait pris progressivement "perfides" et qui prêtait à confusion. Vous mentionnez Jean XXIII qui la supprima en 1962 (ce qui n'est d'ailleurs pas exact, puisqu'il le fit le 17 mars 1959, mais ce n'est qu'un détail). Il faut savoir que, le 10 juin 1948 déjà, à la demande de Pie XII, la Sacrée Congrégation des rites a reprécisé le sens du mot, afin qu'aucune ambiguité ne demeure.

Mais il n'est pas dit que ce soit grâce à Maritain, car il fut loin d'être le seul à en faire la demande. Je croirais plus volontiers - mais je n'ai aucune preuve pour justifier cette simple supposition - en l'action du grand rabbin de Rome, Zolli, qui se convertit après la Seconde Guerre mondiale et qui prit comme prénom de baptême Eugenio, en hommage à Pie XII (= Eugenio Pacelli) pour son action en faveur des Juifs et face au nazisme. Je vous renvoie à ce sujet aux travaux de Judith Cabaud qui a consacré un ouvrage à ce sujet.

Je ne peux pas répondre non plus comme ça à la question de l'antisémitisme au sein de l'Eglise. C'est un sujet trop long et complexe pour être abordé en 2mn. Il est évident que de nombreux catholiques furent profondément antisémites, comme il semble évident que beaucoup défendirent particulièrement les Juifs. Est-ce que cela veut dire que l'Eglise eut une certaine tendance à antisémitisme ? Vous semblez répondre à l'affirmative, à moins de vous avoir mal compris. Et vous justifiez par l'affaire Dreyfus qui est une affaire française qui n'impliqua aucunement, à ma connaissance (mais je peux me tromper), le Vatican. Je connais mal les tenants et les aboutissants en ce qui concerne l'engagement des catholiques dans cette affaire. Je me renseignerai à ce sujet à l'occasion. Mais, outre qu'elle divisa probablement les catholiques, et quand bien même une majorité se prononça contre Dreyfus, je ne suis pas sûr qu'on puisse engager l'Eglise sur ce sujet. Tout au plus pouvons nous voir quelques courants antisémites dans certaines tranches catholiques de la population française (qui est loin d'être le centre de l'Eglise, quoiqu'ils en pensent parfois, encore maintenant :-) !).

Pour étudier la question de l'antisémitisme de l'Eglise, il convient de lire les textes officiels publiés et promulgués par le Vatican depuis ses origines. Ce travail a été fait par le professeur et rabbin David Dalin dans l'ouvrage qui va paraître le 21 juin prochain aux éditions Tempora : "Pie XII et les Juifs". Le deuxième chapitre de son étude est entièrement consacré à ce sujet. Ne voulant pas vous priver de la joie de lire cette oeuvre, je n'en dirai pas plus... Mais ce chapitre est vraiment très instuctif.

Pour finir, je fais un apparté et ose risquer une remarque sur un paradoxe qui me fait sourire... jaune ! Je précise d'ailleurs que ce n'est pas du tout vous que je vise, mais un climat ambiant. Je trouve en effet paradoxal qu'on reproche à l'Eglise aujourd'hui d'intervenir dans le débat public et qu'on veuille la réduire à une affaire privée alors que, dans le même temps, il lui est reproché de ne pas être assez intervenu clairement hier ! Je sais bien que les contextes sont différents, mais on ne peut s'empêcher de penser que, quoi que fasse l'Eglise, elle sera toujours critiquée. Mais je comprends par avance que vous ne soyez pas d'accord avec cette vision...

Bien cordialement,

Pierre Gelin

Écrit par : Pierre Gelin | 10/06/2007

A noter ce soir sur Arte une émission traitant de la Rose blanche...

Écrit par : Pierre Gelin | 14/06/2007

Je suis d'accord avec Pierre Gelin, qualifier Pie XII de criminel est le signe d'une carence de connaissances historiques à ce sujet. Pie XII, contrairement à ce qu'on peut penser aujourd'hui, n'avait pas les mains libres, et pourtant il en a sauvé, et pas seulement des Juifs. Il a même été remercié après la guerre par le grand rabbin de rome, qui est allé jusqu'à se faire baptiser en adoptant comme prénom catholique Eugenio, celui de Pacceli, c'est-à-dire Pie XII lui-même!
Franchement, cet exemple seul devrait vous convaincre que vous faites fausse route... J'imagine que vous, courageux comme vous êtes, auriez défié les nazis en allant leur cracher à la figure??

Écrit par : le chafouin | 14/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu