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08/07/2007

Le Monde et "les émeutes" de Cergy : le journalisme aussi, c'est simple comme un coup de fil

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Paris-Cergy, ce n'est pourtant pas le bout du Monde…

Tout juste une heure et seize minutes de "voyage".

Et le trajet est si simple que même le plus provincial des bouseux arriverait à la suivre.

Récapitulons le parcours : faire quelques mètres à pied, depuis le 13, boulevard Blanqui, siège du quotidien Le Monde, jusqu'à la plus proche station de métro ; à Corvisart, sortir sa carte Orange et monter dans une rame direction Nation ; là, choper le RER A, patienter 50 minutes avec un bon bouquin et descendre à Cergy-le-Haut.

C'est bon, vous avez suivi ?

Pas trop difficile, hein ?

 

Et pourtant.

C'est déjà trop pour l'une des grandes signatures du Monde.

En l'espèce, Luc Bronner.

Ce journaliste a récemment fait parler de lui avec un papier portant sur des violences urbaines déclenchées en marge d'un festival de musique à Cergy. L'article, titré en Une "Des émeutes urbaines à Cergy sont passées inaperçues", a lancé une petite polémique, sur laquelle revient la dernière livraison de La Chronique de la médiatrice du Monde.

La polémique ?

Ça se résume à ça : le journaliste et sa rédaction en chef ont-il exagéré les faits ? Ou les médias nationaux, comme l'écrit le même reporter, sont-ils passés à côté d'un événément essentiel ?

 

Bon, pour tout vous dire : la polémique, je m'en branle total.

Mais alors : complet.

 

Ce qui m'intéresse, c'est juste un petit paragraphe de la Chronique.

Quelques phrases dans lesquelles Véronique Maurus explique que le journaliste du Monde, "doublement intéressé" quand il découvre que Le Parisien est le seul à avoir relaté ces faits de violence urbaines, se met sur le coup.

En un mot : ça sent le scoop, coco.

Et ?

"Le lendemain, il enquête à Cergy, par téléphone, écrit la médiatrice. La municipalité, la SNCF, le pharmacien victime des vandales, la préfecture, les syndicats de policiers et des responsables d'associations témoins des faits, douze sources différentes lui répondent. Toutes confirment la gravité des heurts qui ont mobilisé cent vingt policiers."

On se la refait, des fois que la vraie info vous ait échappé.

"Le lendemain, il enquête à Cergy, par téléphone."

Ça y est ?

 

Enquête…

Cergy…

Téléphone…

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Oui : pour un article de cette importance, le "reporter spécialiste des banlieues" n'a pas jugé utile de sortir de son bureau.

Des fois que ça soit chiant d'aller jusqu'à Cergy…

Des fois que ça soit relou de parler directement aux habitants et aux témoins…

Des fois que ça soit un peu trop professionnel de prendre la température sur place…

Faut quand même pas déconner, non ?

Alors le bonhomme a juste chopé son téléphone, a fait défiler son carnet d'adresse et, bien calé dans son siège, a mené "l'enquête", l'article du Parisien étalé devant les yeux.

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Du vrai journalisme de terrain…

Pulitzer peut aller se rhabiller.

 

Bon, il ne s'agit pas ici de s'en prendre spécialement à Luc Bronner, lequel bénéficie plutôt d'une réputation flatteuse.

Mais juste de pointer ce recours au téléphone devenu norme et de regretter que les journalistes ne se sentent plus tenus de se rendre sur place pour écrire leurs papiers.

 

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Un qui le dit beaucoup mieux que moi, c'est Daniel Carton, l'auteur de Bien entendu, c'est off.

Dans Une Campagne en off, son dernier bouquin portant sur les dessous politico-médiatiques de la campagne présidentielle, il raconte notamment comment les journalistes politiques se contentent désormais de passer des coups de fil et d'envoyer des sms.

Ce qu'il résume dans cette excellente interview vidéo à Agora-Vox (disponible en bas de page), pointant "un phénomène assez curieux de la presse politique française" :

"Les principaux journaliste (…) ne se déplacent plus, nous sommes dans une espèce de journalisme virtuel. C'est à dire que le matin, on passe des coups de fils, on navigue (…) sur les blogs, que l'on visite abondamment maintenant, on déjeune, on a le dernier sondage, on repasse des coups de fil et on participe à des émissions où, semble-t-il, on veut refaire le monde. Et donc, j'ai (…) été consterné de voir que plus aucun journaliste digne de ce nom, en tout cas les journalistes qui comptent, ne vient dans les meetings, de surcroît si les meetings se passent à paris. On ne se déplace plus."

Edifiant.

Ce que Daniel Carton décrit pour le journalisme politique vaut malheureusement aussi pour les autres formes de l'exercice.

Commentaires

Ah non, Monsieur! Je m'inscris en faux contre de telles allégations!
Nos journalistes font un travail d'investigation remarquable, souvent au péril de leur vie. Je n'en veux pour preuve que les reportages réalisés pour le JT de M. Pernaut le 6 juillet 2007 à 13h sur TF1:
"L'Ardèche, département 07, fête le 07.07.20007" ,
"Les voitures surchargées, un danger sur la route des vacances",
"En Corse, un couple menacé de racket brise la loi du silence",
"A Marseille une unité de la police nationale traque la délinquance et les incivilités sur les plages",
et je ne parle pas de la balade en pirogue polynésienne à St Valéry dans la baie de Somme ni du concours des prairies fleuries dans le massif des Bauges!
Voilà du vrai journalisme Monsieur, qui fait la grandeur de notre télévision. Et vous oseriez sous-entendre que nos journalistes de la presse écrite font leurs enquêtes par téléphone?
Vous ne seriez pas un peu gauchiste, vous?

Écrit par : Lev | 08/07/2007

Oh l'autre…

Comme si j'osais sous-entendre des choses aussi noires… Pas du tout : le téléphone ne s'utilise que pour prendre rendez-vous et organiser le déplacement sur le terrain. Bien évidemment.

Quant à M. Pernault, j'ose espérer, comme vous, que le nouveau régime saura rendre hommage à ce monument vivant de l'information impartiale, de l'esprit critique aiguisé et de la déontologie en mouvement.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 08/07/2007

Alors moi je ne sais pas si je serai aussi radical quant aux "allégations", au "gauchisme" et au travail journalistique.
J'ai lu une interviex du journaliste. Il s'explique sur le blogmedias (je vous mets même le lien... hé oui, je suis en vacances :http://www.leblogmedias.com/archive/2007/07/03/emeutes-violences-urbaines-quartiers-societe.html). Quant au journalisme "facile", je vous recommande celui là : http://www.infos-des-medias.net/2007/07/independance-internet-ethique-journalisme.php.
Voilà, après avoir mis mon grain de sel, j'espere une marée de retours pour savoir ce que vous en pensez...

Écrit par : Oulala | 19/07/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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