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15/08/2007

Sarkozy, Santini, Woerth : des différents usages du mensonge en politique

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Ni trop.

Ni pas assez.

Tout un art que celui du mensonge.

Tant il faut d'expérience et de talent pour être cru envers et contre tout.

 

Pas donné à tout le monde, donc.

Que de savoir entortiller faits et réalités avec crédibilité.

A tel point que Jonathan Swift en fit un traité, L'Art du Mensonge politique (menterie là-aussi, puisque l'opuscule serait en fait oeuvre d'un certain John Arbuthnot),

Ouvrage qui dresse une typologie de l'art de faire accroire au peuple "des faussetés salutaires, et cela pour quelque bonne fin". 

En un mot : un livre destiné à rester toujours d'actualité.

 

L'actuel prési-ment en est lui-même convaincu qui, selon le journaliste Nicolas Domenach dans Marianne, "avait plaidé longuement le mensonge nécessaire" lors de sa conférence de stage du barreau.

Mensonge qu'il pratique d'ailleurs avec la concision et le culot de celui qui sait qu'il vaut mieux ne pas s'embarrasser de longs discours en la matière.

"Non, Non !" ou "C'est faux, c'est faux !" se contente ainsi de rétorquer le petit timonier à chaque nouveau développement de l'affaire des infirmières libyennes.

Et… cela suffit.

 

Mais il ne faudrait pas que Nicolas Sarkozy éclipse, à force de braquer sur lui toutes les caméras, les mensonges des membres de son gouvernement.

Tant certains, depuis quelques jours, se donnent de mal pour faire aussi bien que le maître.

Pratiquant avec talent l'art du foutage de gueule.

 

Foutage de gueule ?

Ça tombe bien : l'inusable André Santini est un spécialiste.

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Jamais avare de bons mots et de petites phrases qui tuent, l'actuel secrétaire d'État à la Fonction publique, maroquin obtenu pour prix de sa trahison (en février 2007, l'alors membre de l'UDF se rallie à Sarkozy), s'est forgé une brillante réputation de comique-troupier de la politique française.

Expert à faire rire, auteur de formules restées à la postérité ("La droite a touché le fond de la piscine : maintenant, elle creuse"), André Santini prouve ces temps-ci qu'il l'est aussi à mentir.

Et ses récentes prises de parole sur les fonctionnaires montrent qu'il maîtrise toutes les subtilités de cet art délicat.

 

Le 3 août d'abord, au micro d'I-Télé, le maire d'Issy-lès-Moulineaux s'en prenait à une étude de l'Insee, parue quinze jours auparavant et prouvant que le pouvoir d'achat des fonctionnaires avait baissé de 2004 à 2005.

"Totalement erronnée", s'est enflammé le rigolo en chef.

Avant de prétendre, contre la réalité des chiffres et en essayant d'entortiller les statistiques, que ce pouvoir d'achat avait en fait augmenté.

Manque de pot : non.

 

Le 13 août, rebelotte.

Au micro de RTL, le secrétaire d'Etat remarque benoîtement : "Il n'est pas normal que 24 % de la population active soit fonctionnaire. C'est le record mondial."

Un nouveau flagrant délit de trucage.

Car les chiffres d'André Santini sont loin, très loin de la réalité.

Rue 89 le résume fort bien : "La population active française comptait 27 637 000 personnes en 2005. L'administration d'Etat s'élevait alors à 1 970 820 fonctionnaires, soit 7,1%. En y ajoutant la territoriale et la fonction publique hospitalière (au total, 5 031 834 fonctionnaires en 2003), on obtient un ratio de 18 % !"

Cette jolie différence entre la parole ministérielle et la vérité ôte malheureusement à la France tout "record mondial".

Dommage…

 

Alors, de deux choses l'une.

Ou, flagrant délit d'incompétence, André Santini ne connaît pas le nombre de personnes relevant de son maroquin.

Ou il ment volontairement, pour mieux préparer le plan de suppression annoncé de 22 000 fonctionnaires.

En ce cas, il réalise à la perfection ce que Jonathan Swift classifiait comme "mensonge d'épreuve".

"Un mensonge d'épreuve est comme une première charge qu'on met dans une pièce d'artillerie pour l'essayer; c'est un mensonge qu'on lâche à propos, pour sonder la crédibilité de ceux à qui on la débite."

Le secrétaire d'Etat a alors sa réponse : les médias ont été bien peu nombreux à souligner ses mensonges.

Rassuré, Dédé ?

 

Quant à Eric Woerth, le secrétaire d'Etat chargé du Budget et des Comptes publics a depuis longtemps dépassé le niveau du "mensonge d'épreuve".

Lui serait plutôt comme le capitaine du Titanic, essayant désespérement de faire croire à ses passagers que tout va bien.

Et que non, nous ne sommes pas en train de couler.

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Une croissance beaucoup plus molle (0,3 % au second trimestre) que celle sur laquelle tablait le gouvernement ? 

Pas grave, répond le secrétaire d'Etat : "Ce qui nous importe maintenant, c'est la croissance à venir. Les indicateurs du climat des affaires de l'Insee sont au plus haut."

Des objectifs de réduction de la dette qui n'en paraissent que plus inatteignables ?

Aucune importance, avance Eric Woerth : "C'était construit notamment sur des hypothèses de dépenses qui sont aujourd'hui (...) parfaitement tenues (...) Il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur la tenue de nos comptes publics en 2007."

Pour un peu, ça serait presqu'une bonne nouvelle… 

Et tant pis si les assertions du secrétaire d'Etat font rigoler tous les analystes, lesquels voient bien que nous sommes la barrés, que le paquet (cadeau) fiscal ne va rien améliorer et que la crise des sub-primes pourrait bien nous faire définitivement plonger.

 

Comment disait Swift, déjà ?

Ah oui : "Il n'y a point d'homme qui débite et répande un mensonge avec autant de grâce que celui qui le croit."

 

Commentaires

Monsieur ! Comment osez-vous ?

Nos hommes politiques ne mentent pas, Monsieur, ils ne mentent pas. C'est juste qu'ils ne disent pas la vérité.

Écrit par : Françoise | 15/08/2007

Même Christine Lagarde s'y met aussi! Elle confirme aujourd'hui que les objectifs de croissance pour 2007 seront bien tenus. Or, étant donné l'été relativement pourri que nous connaissons, je ne vois pas comment le 3ie trimestre va redresser les deux premiers. Restera le 4ie avec sans doute un très beau cadeau du Père Noël en matière de croissance.

Écrit par : Jean-Marie Belgique | 15/08/2007

@ Françoise : Oui. Comme disait l'autre, la vérité est ailleurs… loin, très loin.

@ Jean-Marie : c'est la méthode Coué. A force de claironner partout que la croissance sera au rendez-vous, elle sera au… euh non, décidément, elle n'y sera pas.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 15/08/2007

"elle sera au… euh non, décidément, elle n'y sera pas".

Pessimiste, petit coléoptère ? Tu manques de foi !

Pour ta peine, tu diras (au moins dix mille fois) cette petite prière, tous les soirs avant de t'endormir : Petit Jésus, faites que la croissance soit !

Et la croissance sera.

Écrit par : Françoise | 15/08/2007

Vous oubliez les 1 million de profs !

18 ou 24% de fonctionnaires dans la population active, peu importe, la vraie question est : qui paie l'addition ?

Écrit par : Fleur | 16/08/2007

Ras le bol des donneurs de leçons.Mr Santini oublie que le président du sénat magré son indemnité a eu son assistante payée par France télécom.Combien de fonctionnaires supprimés à l'Assemblée Nationale et au Sénat? Pourquoi le fonctionnaire ,jardinier au sénat ,gagne 3000€ mensuels?
Pourquoi le tabac et l'alcool sont-ils défiscalisés dans ces encientes?A voir les soi-disants privilèges chez les autres,Mr Santini oublie les siens qui sont énormes par rapport aux jeunes qui recherchent à vivre et à travailler avec un salaire décent.

Écrit par : Sandre08 | 16/08/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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