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21/08/2007

Lettre à Christine Lagarde : pour que les riches ne soient pas les autres victimes de votre politique décomplexée

"Ce qui compte, dans le travail, ce n’est pas le combat, mais l’émulation. (...) Certains, bien sûr, réussissent mieux que d’autres. Mais, et c’est là l’essentiel, personne n’y perd (...). Cessons d’opposer les riches et les pauvres comme si la société était irrémédiablement divisée en deux clans. Cette loi est destinée à tous ceux qui travaillent, quels que soient leurs revenus. Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. (...) J’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches."  

Christine Lagarde, le 10 juillet à l'Assemblée nationale.

 

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Je vais être franc, Christine.

Au début, vos déclarations m'ont convaincu.

Plus même : disons qu'elles m'ont enthousiasmé.

Carrément.

 

Oh, pas seulement parce que j'ai quelques millions en banque.

Et que vous, ministre de l'Economie et des finances, annonciez des mesures qui ne pouvaient leur faire que du bien.

Non. 

Si mon compte allait se porter mieux, ce n'était pas l'essentiel.

Et j'attachais plus d'importance à cette volonté de décomplexer la richesse.

De rappeller qu'elle est le fruit de longs efforts, qu'elle mérite le respect.

Et de souligner combien les riches ne sont pas seulement d'immondes profiteurs.

Ne pensant qu'à veiller toujours plus jalousement sur leur gros tas de noisettes.

Comment disiez-vous déjà ?

Oui : "Cessons d'opposer les riches et les pauvres, comme si la société était irrémédiablement divisée en deux camps."

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Bref...

Je vais vous la faire courte.

Tant je ne voudrais pas vous obliger à "penser".

Sachez juste que j'y ai cru.

Et que j'étais convaincu de nous voir enfin gagner un statut honorable.

 

Et ?

Des nèfles, oui...

J'ai vite déchanté.

Et j'ai désormais le sentiment que c'est encore pire maintenant.

Pour nous, les riches.

 

Cela fait un mois que je sens courir dans l'opinion un vague sentiment de colère.

En fait, depuis le débat sur l'adoption du paquet fiscal à l'assemblée à la fin du mois de juillet.

Et l'apparition de ce premier sentiment, chez les électeurs, d'avoir été floués dans les grandes largeurs.

Rien de grave, pour le moment.

Mais la graine est là, je le sais.

Je le sens.

Ils n'accepteront pas longtemps de financer à fonds perdus 14 milliards d'euros de cadeaux fiscaux annuels.

Et un jour secoueront le joug.

Ils l'ont déjà fait, non ?

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Pour être franc, je suis plutôt pleutre.

Lâche.

Homme sans honneur désireux de vivre sans problèmes.

Et prêt à payer pour ma tranquilité et pour la paix sociale.

En un mot : il ne me gênait pas, sur les cinq millions et quelques reposant en mon compte, d'en donner 50 000 € chaque année au titre de l'ISF.

Une broutille.

Une pacotille.

Le prix de la sérénité, quoi.

 

Mais non !

Requins sans scrupules, vous avez voulu trop en faire.

Et n'avez de cesse d'agiter sous le nez de ce peuple menaçant les preuves de notre ignominie.

A nous, les riches.

 

Tenez : pas plus tard qu'aujourd'hui, dans le Figaro.

Cette brève pour dire que la collecte de l'impôt sur la fortune "bat des records" cette année.

Que selon "la dernière situation de l'État (...), le rendement de cet impôt représentait très exactement 4,108 milliards à la fin juin. La barre des 4 milliards est donc déjà franchie. Et ce n'est qu'un début. En effet, ces résultats ne tiennent pas compte des déclarations d'ISF qui ont été remplies ou vont l'être en juillet et en août par les contribuables installés à Monaco, en Europe et dans le reste du monde."

Oui : "Ce n'est qu'un début".

On croit rêver...

Pire : la somme totale collectée devrait être de 4,4 milliards d'euros, soit presquement exactement le double des recettes de 2003 (2,3 miliards d'euros) selon Le Monde.

Lequel souligne que les choses devraient être bien différentes en 2008 : "Plusieurs mesures qui entreront en vigueur en 2008, comme le bouclier fiscal à 50 % et la possibilité de déduire 75 % des sommes investies dans les PME dans la limite de 50 000 euros, devraient nettement réduire les recettes de l'ISF."

La fin de l'ISF ?

Dans une interview à Capital.fr, Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, est un peu plus disert sur la question : "Pour (les contribuables) qui sont assujettis à l'ISF, la nouvelle loi va leur donner des ailes. D'abord, grâce à l'abattement sur la résidence principale, porté à 30% au lieu de 20%. Ensuite et surtout, grâce à la réduction d’impôt égale à 75% du capital investi dans une PME, dans la limite de 50 000 € par an. Car, à y regarder de plus près, cette mesure permet d’effacer progressivement l’ISF. Quand une somme est investie dans une PME, elle reste la propriété du contribuable. Or, selon la loi, après cinq ans, le patrimoine est libéré, et peut donc être récupéré."

 

Comment voulez-vous qu'un esprit raisonnable, quoique fortuné, ne tremble pas en lisant cela ?

Preuve noir sur blanc que les riches, toujours plus nombreux à s'en mettre plein les poches, vont l'être toujours moins à donner leur juste quote-part à l'Etat.

Et que, perclus dans leur égoïsme de possédant, ils reportent sur les plus faibles la nécessité de financer l'effort national.

Ne protestez pas : c'est là.

Visible de tous.

Et cela va bien finir par se savoir.

 

Voilà pourquoi je m'inquiète.

Et que de sombres cauchemards sont revenus hanter mes nuits.

Des images de têtes sur une pique, de foule coléreuse et de guillotine en action.

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 Je me suis même surpris à penser à de lointains ancêtres, à qui la fin du 18e siècle fut fatale.

Bref, je ne veux pas finir comme ça.

Mais juste jouir sereinement de ma fortune, sans souffle au coeur ni crainte excessive.

 

Voilà : c'est tout.

Mais n'oubliez pas : il faudrait mettre un peu la pédale douce sur la décomplexion.

Si l'on ne veut pas finir par profiter de nos millions par la racine.

Juste un peu de bon sens, Christine.

Commentaires

Mme Lagarde chantera-t-elle encore "Ah ! Ça ira ! Ça ira !" le moment venu ?

Elle ne sera pas dans la chorale ce jour-là, je crois.

Écrit par : Françoise | 21/08/2007

Dans la chorale, non.

Mais dans la charette....

Écrit par : Le Charançon Libéré | 21/08/2007

Si la loi sur la déductibilité des investissements dans les PME est appliquée dans l'esprit de la loi, c'est à dire s'il y a des prises de risques sur le capital qui permettent à des jeunes entreprises de se développer, alors cette loi va créer un tissu d'investisseurs privés (aujourd'hui inexistant en France) et remplir pleinement son rôle. Ce tissu de "business angels" est essentiel dans le cycle de financement des jeunes entreprises porteuses des emplois de demain. En France, le capital risque fait plutôt du capital développement (développement commercial) avec des montants de l'ordre du million d'euros investis au minimum. Il y a donc un maillon manquant dans le cycle au niveau de l'amorçage. Cette loi peut le créer.

PS : si vous le souhaitez et tant que contribuable à l'ISF (si j'ai bien lu) je serais ravi de vous envoyer un executive summary de l'opération d'augmentation de capital de 250 000 euros que nous projetons pour notre société auprès d'investisseurs privés et notamment de contribuables ISF.

Bien cdt
R Pommier

Écrit par : R Pommier | 22/08/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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