Avertir le modérateur

31/08/2007

Affaire Nativel : serrez les fesses, Nadine Morano est dans la place…

medium_populisme.jpg

 

Le cas de Philippe Nativel  ?

L'affaire de ce vice-procureur convoqué et sermonné pour crime de libre-arbitre judiciaire ?

L'on s'en fiche.

Totalement.

 

Car il y a mieux.

Mieux ?

Je vous vois déjà hausser les sourcils.

Prendre un air sévère pour dire que l'affaire n'est pas drôle.

Que ce mépris de la séparation des pouvoirs est scandaleux.

Que cette volonté d'inféoder le pouvoir judiciaire aux sbires sarkozystes est salement inquiétante.

Et qu'une applicatication stricte de la loi sur la récidive va remplir les prisons de pauvres hères, multirécidivistes des petits délits qui n'en sont pas.

Ok, ok…

Ne vous énervez pas…

medium_cool.jpg

Mais quand même : il y a mieux.

Mieux ?

Je vous vois encore serrer les dents.

Souligner, l'ai pincé, que "l'affaire Nativel" est emblématique de l'instrumentalisation sarkozyste des institutions.

Que nulle autre mesure que la loi sur la récidive, sinon le paquet (cadeau) fiscal, ne traduit mieux le danger incarné par cette droite décomplexée.

Et que là se tient sans doute, dans le débat en cours et la montée au créneau des syndicats de magistrats pour défendre leur droit à l'indépendance, une clé essentielle pour la stabilité future de la société française.

Ok, ok…

Ne montez pas sur vos grands chevaux.

medium_cheval.jpg

 

Tout ça, je suis d'accord.

Evidement.

Et je rends chaque jour grâce au saint-père-des-réseaux d'avoir des lecteurs virtuels si percutants.

Et informés.

Si, si !

 

Mais quand même : l'on s'en fout.

Car

Elle

Est

De

Retour !

 

Qui ? 

Mais vous savez bien.

La passioniara imbécile.

L'excitée meurthe-et-mosellane.

La chienne de garde du sarkozysme.

Oui : la grandiose Nadine Morano.

medium_morano.jpg

 

Elle en avait tant et tant fait pendant la campagne présidentielle.

Que la député de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle avait fini par se mettre son héros à dos.

Et que Nicolas Sarkozy lui avait demandé de se faire discrète.

Craignant de voir sa campagne plombée par l'enthousiasme de la nancéenne.

 

Il faut dire qu'elle s'était méchament lachée, Nadine.

Multipliant les coups d'éclats pathétiques.

Dont l'un resté à la postérité : devant les caméras d'Envoyé Spécial, celle qui est aussi conseillère régionale de Lorraine s'était invitée à la tribune d'un congrès de malentendants, la squattant pour tendre un piège à Ségolène Royal.

Classe…

Presqu'autant que le conseil élégant qu'elle avait adressé à la candidate socialiste, lui suggérant "d'arrêter l’adage sois belle et tais-toi" pour "sois belle et parle".

Un comble pour une femme…

 

Bref, la député avait fini par se décrédibiliser dans son propre camp.

Et celle qui avait un jour déclaré à l'Est Républicain qu'elle voulait "un grand ministère, sinon, autant retourner à son tricot" s'était retrouvée le bec dans l'eau.

medium_tricot.jpg

 

Heureusement, la mise à l'écart n'aura pas duré longtemps.

Bombardée le 10 juillet porte-parole de l'UMP, Nadine Morano a fini par retrouver ses crocs après des vacances bien méritées.

Et est brillament revenue sur le devant de la scène.

D'abord par un taclage en règle, mardi, d'un Dominique de Villepin conseillant à Sarkozy de ne "pas s'endormir sur ses lauriers".

"Nous, on a les mains dans le cambouis et dans le charbon, d'autres ont les mains dans les poches", a répondu la porte-parole.

Laquelle sait de quoi elle parle tant elle a l'habitude d'avoir le nez dans le caca…

 

Emportée par son élan, Nadine Morano a remis ça le lendemain.

Protestant contre le refus du vice-procureur Philippe Nativel de demander l'application stricte de la loi sur la récidive.

Et s'insurgeant contre des déclarations considérées comme "choquantes et déplacées".

"Elles relèvent d'un mépris du législateur et d'un déni de démocratie", a osé la porte-flingue de Sarkozy.

Sans que l'on sache si elle se rend compte que le "déni de démocratie" réside plutôt dans la façon dont Rachida Dati a piétiné de ses escarpins vernis le principe de la séparation des pouvoirs.

 "M. Nativel n'est pas un instrument du pouvoir. Je lui rappelle que le parquet se doit d'appliquer la politique pénale définie par le gouvernement et votée par le Parlement", a poursuivi la député, semblant ignorer que la loi sur la récidive laisse la possibilité aux magistrats, juge comme parquetier, de déroger aux peines-plancher.

 

Chouette, donc.

Nadine Morano revient

Et l'on se dit que l'on n'a pas fini de rire à chaque sortie de l'excitée.

 

Enfin, rire…

Un peu jaune.

Beaucoup, même.

Tant tout ceci est plutôt tragique.

30/08/2007

Rocard, la voix de son maître

medium_caniche.jpg

 

Rocard, énième ralliement socialiste ?

L'ancien premier ministre, qui a accepté de participer au comité sur la revalorisation du métier d'enseignant, est-il une nouvelle victime de la stratégie d'ouverture de Nicolas Sarkozy ?

Peut-être.

Ou bien : non.

Au fond, ça ne change pas grand-chose.

"Il n'y a pas de traîtres ; il n'y a que des chiens de garde qui changent de collier", résume Raoul Vaneigem (cité par Pierre Marcelle dans sa dernière chronique).

medium_collier.jpg

Voilà, c'est tout.

Et moi, je vais me recoucher : hop, à la niche !

29/08/2007

Peines plancher : la consigne n'est pas encore passée partout

medium_balance.jpg

 

Euh, Rachida Dati ?

Je m'excuse, je ne veux pas déranger.

Mais je voulais attirer votre attention sur…

Euh… En fait, je voulais juste vous faire remarquer…

Enfin… Voilà : je crois qu'il y a un ou deux mecs, à Nancy, qui vous cherchent.

Deux petits malins qui vous provoquent.

Carrément.

 

S'ils sont gauchistes ?

Partisans du tout-sauf-Sarko ?

Non, rien de tout ça. 

En fait, il s'agit d'un procureur et d'un juge du tribunal correctionnel de Nancy.

 

C'est l'Est Républicain qui le rapporte, repris par une dépêche AP.

Jugeant lundi en comparution immédiate un petit dealer récidiviste de 27 ans, le procureur et le juge sont tombés d'accord pour ne pas appliquer votre loi sur la récidive, publiée récemment au Journal officiel.

Et au lieu d'envoyer le jeune homme quatre ans à l'ombre, comme le prévoyait votre texte.

Ils ont tenu compte des "garanties d'insertion et de la personnalité" du prévenu pour ne le comdamner "qu'à" huit mois de prison ferme.

Shocking, non ?

Oui : si les magistrats commencent à se montrer critiques et humains, où va-t-on ?

 

Mais le pire n'est pas là.

Dans son réquisitoire, le procureur de la République, Philippe Nativelle, s'est permis de vous renvoyer sévérement dans les cordes.

Et de faire preuve d'une indépendance d'esprit tout-à-fait détestable.

"Je ne requerrai pas cette peine plancher de quatre ans car les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir", a-t-il asséné.

Avant d'ajouter que "ce n'est parce qu'un texte sort qu'il doit être appliqué sans discernement".

medium_baffe.3.jpg

 

Oui, je suis d'accord avec vous.

Pour qui ils se prennent, ces magistrats ?

 

Heureusement, tous ne font pas preuve d'autant de mauvaise foi.

Et la plupart ne songent pas à vous chercher noise.

Lundi aussi, le procureur et le juge du tribunal correctionnel de Nice ne se sont pas posés tant de questions.

Quand ils ont eu à juger en comparution immédiate du cas de deux hommes, dont un SDF, accusés d'avoir brisé la vitre d'une voiture pour y voler des sacs, un téléphone, un lecteur MP3 et une somme de 7 000 €.

Pas de pitié pour ces multirécidivistes des petits larcins : ils ont été condamnés, en vertu du texte que vous avez fait voter, à la peine plancher de trois ans.

Rassurant, n'est-ce pas ? 

 

Mais il y a mieux.

Beaucoup mieux.

Cela s'est passé hier, au tribunal correctionnel de Sarreguemines.

C'est raconté par le Républicain Lorrain (article non disponible en ligne).

Jugé en comparution immédiate pour avoir dérobé deux porte-monnaies (dont l'un contenant 30 €) et un flacon de parfum, ainsi que pour la détention d'un couteau à la lame longue de 10 centimètres, un SDF de 41 ans a lui aussi écopé de la peine-plancher.

Soit la bagatelle de quatre ans ferme…

En prime, ce petit voleur multirécidiviste, dont le journaliste écrit qu'il a "passé pratiquement la moitié de sa vie en prison", a aussi eu droit à une petite explication de texte.

"Les lois changent. Aujourd'hui, ils ne fait pas bon être un récidiviste", lui a asséné le procureur de la République.

"Je ne peux prononcer une peine inférieure aux minimas prévus par la loi que si le condamné présente des garanties d'insertion ou de réinsertion. Autant dire que pour vous, la messe est dite", a aimablement complété le président du tribunal.

Que c'est joliment dit.

"La messe est dite"…

 

Bref, il reste des magistrats conscienceux.

Mais quand même…

Le "les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir" ne me plairait pas plus que ça, à votre place. 

Et il serait peut-être temps de créer une petite loi pour ces juges qui se piquent d'indépendance.

Non ?

medium_juge.3.jpg

 

PS : Actualisation à 20 h 50, grâce à l'oeil acéré de Françoise (voir les commentaires).

Ça n'a pas traîné : Philippe Nativel, le procureur de nancy, a été convoqué auprès du Directeur des services judiciaires de la Place Vendôme pour crime de libre-arbitre judiciaire.

Dans ce billet, rédigé une dizaine d'heures avant que la convocation ait été rendue publique, j'en plaisantais.

Mais je n'aurais jamais cru que le procureur puisse vraiment avoir à rendre compte de sa prise de position.

Et vous savez quoi ?

J'aurais mille fois préféré être à côté de la plaque…

28/08/2007

Rénovation du PS : encore un petit effort, camarades, Sarkozy finira bien par vous remarquer

medium_guignol.jpg

 

Ils se veulent l'avenir du PS.

Se présentent comme la jeune garde socialiste.

Et n'ont pas manqué de faire abondamment parler d'eux ce week-end, à l'occasion du rassemblement organisé par Arnaud de Montebourg.

 

C'est que les jeunes loups aux dents longues s'y entendent à faire monter la mayonnaise.

Et n'ont visiblement pas peur des mots.

"Frangy-en-Bresse est devenu le lieu de toutes les avant-gardes et anticipations politiques", s'est ainsi gargarisé Montebourg en ouverture des débats.

Euh…

Avant-garde ?

Anticipation politique ?

C'est une blague, Arnaud ?

 

A moins que… 

Oui : l'idée est peut-être d'être tellement à l'avant-garde qu'il s'agit de rattrapper l'arrière-garde de l'UMP à la course.

medium_coureur.jpg

Une tactique prometteuse.

Pour des pseudo-rénovateurs persuadés que la seule voie du renouveau est de prendre modèle sur Nicolas Sarkozy.

Et de copier ses appels au populisme et à la démagogie.

 

Les militants réunis à Frangy ont ainsi pu voir Montebourg faire du Claude Allègre.

Et s'en prendre à "l’organisation actuelle de l’Education nationale, bureaucratique et centralisée".

Des accents de "dégraissage de mammouth" qui se seront pas pour déplaire à Nicolas Sarkozy.

Comme devrait le toucher le désir d'Arnaud "de se réconcilier avec l’entreprise".

 

Mais en matière d'avant-garde, c'est encore et toujours l'inimitable Emmanuel Valls qui remporte la palme.

En grande forme, le député-maire d'Evry a presque réussi à se faire plus droitier que Sarkozy.

Déplorant que "le travail, le mérite, l’ordre, l’autorité sont devenus aux yeux de nos concitoyens, des valeurs de droite".

medium_travail_famille.jpg

Invitant la gauche à "cesser de culpabiliser et s’affranchir des oripeaux gauchistes".

A "trouver un terrain d'entente avec la droite sur les questions d'immigration et de sécurité".

Et "à sortir d’un discours militant et compassionnel qui relève en fait de l’irresponsabilité".

Sans que personne, parmi les militants, ne lui fasse remarquer que le PS s'est tellement "débarrassé de ses oripeaux gauchistes" que même les boutons de manchette socialistes sont désormais siglé UMP.

 

Bref, la rénovation du PS est bien partie.

Et Frangy aura au moins permis de prouver à ceux qui en doutaient encore que la jeune garde socialiste n'était composée que de précoces vieux cons.

Avant-garde de mes fesses.

27/08/2007

Pédophilie : ne craignez rien les enfants, super-Dati est là

medium_superwoman.jpg

 

Vous avez des enfants ?

Oui, moi aussi.

Pim, Pam et Poum, trois petits bouts de chou sur lesquels je veille scrupuleusement.

Et que je ne quitte pour ainsi dire jamais du regard.

Oui : je suis un brin papa poule.

 

Un brin ?

Ça, c'était avant.

Avant le drame du petit Enis.

Avant que les journeaux télévisés ne consacrent la moitié de leur temps d'antenne à la pédophilie.

Et que le gouvernement ne prenne le problème à bras-le-corps.

 

Donc : depuis une dizaine de jours, je le suis devenu totalement, papa poule.

Pim n'a plus le droit de sortir jouer avec ses copains.

Pam a reçu interdiction formelle de quitter sa chambre.

Et Poum est confiné dans la salle de bains.

Bref : je tremble.

Et me ronge les sangs pour mes trois bambins.

 

Une angoisse telle que je voyais venir avec horreur la rentrée scolaire.

Tant je ne pouvais imaginer de laisser mes enfants à la surveillance de l'Education nationale.

Les boules…

Heureusement, depuis samedi, ça va un peu mieux.

Et je commence à me sentir plus serein.

medium_fig.3.jpg

 

C'est Rachida Dati qui m'a rassuré, avec son interview au Figaro Magazine, joliment titrée "Mon plan pour défendre les enfants".

Oui : la ministre de la Justice, regard lointain et pénétré, a un "plan".

"Face à l'émotion nationale suscitée par l'enlèvement et le viol du petit Enis, 5 ans, par un pédophile récidiviste libéré début juillet, le garde des Sceaux a immédiatement réagi", précise d'ailleurs d'emblée l'article.

Ouf…

 

Bon, le plan est un brin sommaire, il faut bien l'avouer.

Mais ne faisons pas la fine bouche : la sécurité de Pim, Pam et Poum n'a pas de prix.

L'idée ?

C'est bête comme chou : il suffit de passer outre tous les principes judiciaires français.

Et d'instaurer la prison à vie pour les délinquants sexuels.

Ce que la ministre de la justice, mettant fidélement ses pas dans celui de Sarkozy, appelle "distinguer clairement l'exécution de la peine, conséquence d'une infraction commise, et les questions de sûreté".

"Il s'agit de protéger les victimes et d'éviter des drames tels que celui qui s'est produit à Roubaix, c'est-à-dire l'enlèvement et le viol du petit Enis. Désormais, des détenus reconnus comme dangereux durant la détention ne pourront plus sortir librement de prison uniquement parce qu'ils auront exécuté leur peine", développe-t-elle.

En un mot : un principe suprême, celui de la sécurité d'une éventuelle victime, prendrait le pas sur la sanction.

Et la fonction de la justice en serait profondément bouleversée : "Les crimes pédophiles réintroduisent donc subrepticement dans le fonctionnement pénal l'idée de l'élimination. Alors que depuis octobre 1981, il semble que la société française se soit adaptée à la suppression de la peine de mort, l'exaspération de ces jours-ci en réintroduit le concept symbolique", explique ainsi un avocat, M Daniel Soulez Larivière, dans ce même numéro du Fig Mag.

 

L'élimination ?

J'ai comme la vague impression que le principe de légalité de la peine, qui dispose qu'on ne peut être condamné pénalement qu'en vertu d'un texte pénal précis et clair, s'y oppose.

Et qu'enfermer quelqu'un à discrétion, fut-il délinquant sexuel, ne serait qu'un retour à l'Ancien régime.

Si c'est ça, "le plan"…

25/08/2007

Georges Mothron : oui, je pue de la gueule… Et alors ?

medium_dentiste.jpg

 

Pardon ? 

Qui ça ?

Georges ?

J'en connais un paquet, de Georges.

Mothron ?

Georges Mothron ?

Bien sûr que je le situe.

Vous pensez si je peux : quinze ans que je suis son dentiste.

Autant dire une éternité.

C'est simple : je reconnaitrais son haleine à dix kilomètres à la ronde.

Je sais, il n'y a là rien de bien difficile.

Pas pour un homme de l'art.

Ni pour n'importe qui d'autre, d'ailleurs.

Tant Georges refoule.

medium_mothron.2.jpg

 

C'est marrant : il n'en a pas toujours été comme ça.

Il y a quinze ans, quand Georges Mothron, pas encore connu comme celui qui a réussi par deux fois (en 2002 et 2003) à battre Robert Hue, est venu consulter pour la première fois, je n'ai rien remarqué.

Pas d'odeur particulière.

Ni de puanteur spéciale.

Juste l'habituelle fade et triste odeur des clients traditionnels.

Cela ne m'a pas choqué : j'ai l'habitude…

medium_dentiste_deux.jpg

Rien de spécial, donc.

Jusqu'à ce jour où ce bon vieux Georges est venu me voir pour une dent carriée.

C'était en…

Oui : en avril 2004, juste après qu'il ait pris position pour le rétablissement de la peine de mort.

Je m'en souviens comme si c'était hier.

Le député-maire d'Argenteuil venait de déposer, avec de doux confrères à lui, un projet de loi à l'Assemblée visant à rétablir "la peine de mort pour les acteurs d'actes terroristes".

Il y expliquait notamment, après une rapide référence aux attentats de septembre 2001, que "dans l'intérêt supérieur des Etats, la France doit amplifier la lutte antiterroriste et afficher une fermeté exemplaire. C'est pourquoi il importe qu'elle puisse disposer de cette peine d'exception qu'est la peine capitale".

Et d'ajouter : "Sur le plan juridique, rien n'empêche aujourd'hui la France d'établir la peine de mort."

medium_guillotine.jpg

 

Moi, je suis dentiste.

Autant dire que la politique… euh… je m'en fous.

Totalement.

Mais je n'oublierai jamais combien la bouche de Georges puait alors que j'attaquais sa dent carriée et que lui me causait guillotine.

Une infection !

Je n'avais jamais rien vu senti de pire.

 

Ensuite…

Ensuite, je n'ai plus revu Georges avant… attendez… oui : avant 2005.

Je suppose que ses dents ont tenu jusque là.

Hin-hin-hin-hin.

Deux ans s'étaient écoulés depuis que je l'avais opéré pour la dernière fois, mais j'aurais reconnu le député-maire UMP les yeux fermés.

A cause de l'odeur : elle avait empreint la salle d'attente le temps des dix minutes qu'il y avait passées.

Et innondait maintenant mon bureau, collant aux murs et s'immiscant dans tous les coins.

Si insupportable que je ne pus m'en détacher quand, penché sur sa mauvaise dentition, j'essayais de sauver le peu qu'il restait de sa dernière molaire.

Pressé d'en finir, j'opérai à l'aveugle, sourcils et nez froncés tandis que lui ne cessait de parler.

Soucieux de me prouver combien il avait eu raison d'invoquer " la gêne olfactive anormale" provoquée par les SDF à l'appui de son arrêté anti-mendicité.

Moi, je m'en foutais.

Pour tout dire : je n'écoutais que par bribes.

Mais je ne pus m'empêcher de penser que comme "gêne olfactive", Georges se posait là…

medium_nez.jpg

J'ai ensuite revu Georges régulièrement.

Sans grand changement.

Mai 2006 ?

Le député-maire refuse de remettre son livret de nationalité à une femme musulmane, au motif qu'elle porte le voile.

Puanteur mémorable.

Janvier 2007 ?

Il explique dans une interview à Marianne que les villes comme Argenteuil "ont toujours fait beaucoup de social et on se retrouvait avec des gens qui n'avaient rien à voir avec notre ville, notre région, voire notre pays. Je veux bien m'occuper de notre population mais pas de ceux qui viennent des autres communes ou d'autres régions".

Puanteur d'anthologie.

Août 2007 ?

Ce bon vieux Georges me raconte comment il a fait acheter à ses services municipaux, en même temps qu'il prenait un énième arrêté anti-mendicité, tout un stock de produits répulsifs nauséabonds pour écarter les sans-domicile-fixe du centre-ville.

Manque de chance, poursuit-il : les agents de la ville ont refusé de prêter main-forte à l'opération.

Puanteur maximum.

medium_masque.jpg

Bref : c'est de pire en pire. 

Je ne devrais pas briser le secret médical, tant je tiens à la déontologie comme à la prunelle de mes yeux.

Mais…

Tout dentiste reconnu que je sois.

Je sais que mon professionnalisme ne résistera pas longtemps à l'odeur fétide que Georges exhale.

Et que sous peu, je succomberai.

Je craquerai… comme tous les SDF qui ont fui le quartier.

Partis voir ailleurs si les odeurs s'y faisaient plus discrètes

Et l'atmosphère un brin moins conne.

Euh…

Vous ne sentez pas comme une odeur ?

 

PS : Avant le Molodor pour les SDF, il y avait déjà eu les ultra-sons du Mosquito, pour empêcher les attroupements d'ados devant les immeubles, dans les cages d'escaliers ou sur les parvis de magasins.

En Grande-Bretagne, ce répulsif anti-jeunes est déjà un classique.

Il ne devrait pas tarder à se tailler un franc succès chez nous aussi.

La société qui le commercialise en France, IBP, a d'ailleurs mis toutes les chances de son côté en rebaptisant son produit Beethoven.

medium_beethoven.jpg

"Un son qui adoucit les moeurs", qu'ils disent…

Y'a pas, on vit une époque formidable.

24/08/2007

Sans-papiers : les grévistes de la faim lillois sont prévenus, ils n'auront pas de plateau-repas dans l'avion

medium_sans_papiers.jpg

Préfecture du Nord-Pas-de-Calais, 9 h du matin. Le portable sonne alors que le préfet, Daniel Canépa, s'apprête à entamer sa première tartine. Serviteur de l'Etat jusqu'au bout des ongles, le haut fonctionnaire repose sa biscotte et décroche :

- " Allo, Daniel Canépa ? "

- " Oui "

- " Bonjour, c'est Brice à l'appareil. "

- " Oh… Bonjour, monsieur le Ministre. "

- " Laisse donc le monsieur de côté. Je voulais juste te passer un coup de fil pour te féliciter de ta gestion de la grève de la faim de ces foutus clandestins. On en parlait encore hier avec Nicolas : on est très contents, tous les deux. "

- " C'est gentil, monsieur le Ministre, mais… "

- " Si, si ! Ne fais pas le modeste, tu as été impérial depuis le début du mouvement, le 15 juin ! Et pourtant, Dieu sait si une grève de la faim longue durée n'est pas facile à gérer. "

- " C'est vrai, mais je crois que j'ai su… "

- " Oui, c'est exactement ça : t'as su leur briser les jambes, à ces salopards de clandestins. Et de quelle façon ! Bravo, Daniel, tu les as baladés de bout en bout. Faire lanterner les affamés, leur interdire les hôpitaux, les disséminer aux quatre coins du département pour briser l'unité du mouvement, procéder aux reconduites petit à petit, accuser le comité de soutien d'être une filière d'immigration clandestine… du grand art ! Et je m'y connais ! "

- " Merci, monsieur le Ministre, mais je n'ai fait qu'appliquer…"

- " Exactement ! Toi au moins, tu appliques ma feuille de route sans état d'âme. Si seulement tous les préfets étaient comme toi… Ce n'est pas encore tout à fait le cas, mais ça va venir, fais-moi confiance. "

- " Oh, je vous fais… "

- " Je sais, je sais. Ecoute, je vais te laisser, j'ai un charter sur le grill. Mais encore une fois : on est très fier de toi au gouvernement. Très impressionnés, surtout par ta phrase sur les affamés qui ne doivent pas se faire d'illusions… Comment c'était déjà ? "

- " Je veux que tout le monde comprenne que grève de la faim, cela signifie expulsion ? "

- " Oui, celle-ci. Même moi, je n'aurais pas osé la sortir. T'es un bon, Daniel. A plus. "

 

 

Si cette conversation téléphonique a vraiment eu lieu ?

Vous n'en savez rien.

Moi non plus.

 

Mais le caractère fantaisiste de ce dialogue entre le préfet du Nord-Pas-de-Calais et le ministre de l'Intérieur et de l'identité nationale n'enlève rien au mérite de Daniel Canépa.

C'est simple : le bougre, qui ressemble d'ailleurs étrangement à son ministre de tutelle, mériterait une médaille tant il met de coeur et de zèle à appliquer les consignes du gouvernement.

medium_canépa.jpg

 

C'est que le préfet n'est pas un tendre.

Pas l'un de ces fichus tiers-mondistes utopistes, tout juste bon à entonner l'Internationale en clamant son amour du prochain.

Ni même l'un de ces électeurs de gauche si naïf qu'il croit que le gâteau est assez grand pour être partagé.

Oh non !

Il ne mange pas de ce pain-là.

 

Daniel ne fait pas de sentiments, donc. 

Son truc à lui, c'est les chiffres.

Quotas, numéros de siège dans les charters, nombres de reconduits à la frontière, places disponibles en centre de rétention…

Il a fini par les aimer, ces colonnes de numéros.

Tant il sait, en haut-fonctionnaire habitué à avoir le doigt sur la couture du pantalon, que les chiffres sont comme la terre : ils ne mentent pas.

Et en l'occurrence, les siens sont bons : " Je suis à 100 % de mon objectif (NDLA : de reconduites aux frontières). Je n'ai pas besoin de faire du chiffre", explique t-il, repris par Le Figaro.

Comprendre : ce coup-ci, c'est juste pour le fun…

medium_plaisir.jpg

 

Plaisir d'accord, mais avec rigueur et ambition. 

Quand Daniel Canépa, ancien secrétaire général du ministère de l'Intérieur, se pique de faire du zèle, il ne fait pas dans la demi-mesure.

"Toute personne qui poursuivra la grève de la faim sera interpellée et expulsée", a t-il prévenu hier les 60 sans-papiers entêtés à réclamer leur régularisation collective et décidés à continuer à ne pas s'alimenter.

Et d'enfoncer le clou, pour ceux qui n'auraient pas bien compris jusqu'où va sa grandeur d'âme : "Avant, l'équation était : grève de la faim régularisation. Maintenant, ce sera : grève de la faim expulsion."

La classe…

 

A l'intention de ceux qui ne le prendraient pas au sérieux.

Le préfet s'est empressé de prouver qu'il ne plaisantait pas.

Disant sa résolution de renvoyer chez eux 35 des 42 grévistes interpellés mardi.

Sans tenir compte une seconde de leur état de faiblesse extrême.

"Nous en avons deux qui ont vomi du sang ce matin, l’un d’eux a été emmené par le Samu à l’hôpital. Certains ne tiennent pas debout. La question qui se pose aujourd’hui, c’est leur capacité à survivre à l’éloignement. Nous supposons qu’ils n’auront pas de prise en charge médicale à l’arrivée", euphémise un représentant de la Cimade dans Libération.

La classe…

 

C'est en tout cas l'occasion d'une saine explication de texte pour tous ceux qui n'auraient pas compris les termes de la lettre de mission envoyée par Nicolas Sarkozy voilà deux mois à Brice Hortefeux : "Il ne saurait par ailleurs y avoir d'immigration maîtrisée si notre pays n'est pas capable de lutter contre l'immigration illégale (…). Vous vous fixerez des objectifs exigeants en termes de reconduite à la frontière. Les régularisations seront mises en œuvre au cas par cas, à titre exceptionnel, uniquement si des raisons humanitaires le justifient."

C'est clair, maintenant ?

Rentrez mourir chez vous, les affamés.

Nous, on s'en lave les mains…

medium_mains.jpg

Quant à moi, je vais pisser.

Et ça ne m'étonnerait pas plus que ça d'apercevoir les principes républicains gisant au fond de la cuvette.

23/08/2007

Goncourt présidentiel : le Petit Nicolas en tête des ventes

medium_rentrée_litté.jpg

 

Eh, eh.

Moi aussi, je l'ai lu.

Ce fichu bouquin dont tout le monde parle.

 

Et ?

Mon avis ?

Facile : c'est une somme.

Un petit chef d'oeuvre impressionniste.

Un portrait conduit avec talent sur le fil du rasoir, celui que l'on n'utilise qu'en pensant à la présidentielle.

Une peinture toute en nuance, avec beaucoup de finesse et d'indépendance.

Bref : je kiffe !

 

Pour tout dire, je l'ai trouve si passionnant que je ne l'ai plus lâché, une fois commencé.

Scotché, j'étais.

Et pendant trois jours, je n'ai fait que ça.

Je m'y plongeais à l'aube.

Je le lisais le soir.

Et même la nuit, je ne pouvais m'empêcher de le feuilleter.

L'aube, le soir ou la nuit… tout le temps, quoi.

 

Si j'ai appris quelque chose ?

Au sens propre, non.

Mais le livre m'a donné quelques clés pour mieux comprendre le personnage.

Pour saisir sa nature profonde, loin des clichés éternellement ressassés.

 

Et vous savez quoi ?

Ça a marché : je le trouve plus humain, maintenant.

Il me fait moins peur.

Pour un peu, je partirais même en congés avec lui.

A Wolfeboro ou ailleurs, peu m'importe.

Du moment que je partage Les Vacances du Petit Nicolas…

medium_petitnicolas.4.jpg
 
Mouarrfff ha-ha-ha-ha (rire démoniaque de celui qui, cerné par le sarkozysme triomphant, n'a d'autre choix que de se réfugier dans la folie…) 

22/08/2007

C'est la rentrée ! Mais Valls n'a pas changé...

 

medium_rentrée.jpg

Cette fois, ça y est.

C'est la rentrée !

La fin de ce fichu tunnel d'août, mort et sans activité.

 

Il y a des signes qui ne trompent pas.

Une blogosphère renaissante, s'agitant doucement.

Le retour au premier plan du prix du cartable scolaire.

Le redémarrage du championnat de foot, qui nous les brise déjà.

Des journeaux avec une pagination presque normale.

Et...

Et la reprise des braillements énamourés d'Emmanuel Valls pour Sarkozy.

medium_amour.jpg

Toujours sponsorisé par le Figaro.

Qui lui offre une énième tribune en forme d'interview.

Le député-maire d'Evry, auto-proclamé étoile montante du PS, fête la fin de ses vacances en réentonnant le refrain qu'il n'avait cessé de pousser jusqu'au début de celles-ci.

Reprenant, au mot près, ses cris d'amour là où il avait arrêté de les pousser.

"Attention à ne pas diaboliser une nouvelle fois Nicolas Sarkozy, d'autant que cela n'a pas été d'une grande efficacité ces derniers mois", prévenait-il début juillet dernier, rendant hommage au côté "actif et omniprésent" du président.

"Nous avons un président hyperactif. Cela ne me choque pas. Les Français lui ont donné la légitimité pour agir", réattaque-t-il dare-dare dans Le Figaro, avant d'appeller un peu plus loin le PS à "faire un bout de chemin avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration".

medium_valls.3.jpg

Bref : rien n'a changé pendant les vacances.

Et Valls se pousse toujours autant du col pour faire partie du prochain remaniement ministériel.

Prêt à tout, même à demander le soutien du PS à la jolie oeuvre entreprise par Brice Hortefeux.

Ou à avancer que nous "sommes au bout d’un cycle : une grande partie des idées de gauche se sont épuisées".

Je crois que le début du mois d'août va me manquer...

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu