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21/10/2007

Illusoires cautères sur les plaies de la banlieue : fausse cage d'immeuble ou bloug participatif d'Amara, les gadgets bidons ne tiennent pas l'épreuve des faits

medium_zone.jpg

 

C'est marrant.

Ça ne rate jamais.

A chaque fois que je me dis que l'on a touché le fond de la stupidité.

Il y a un crétin patenté pour repousser un peu plus les limites.

Et remettre les compteurs à zéro.

 

Ça marche dans tous les domaines.

Même s'il en est où les choses évoluent plus rapidement.

Grâce à l'action obstinée d'abrutis de classe supérieure. 

Et aux effets de mode plaçant la question au centre de l'attention.

 

Tenez : prenez le rugby.

Ça a été rapide.

Quatre semaines, et zou : terminé.

Un plantage record du monde de l'ovalie.

Echec express à mettre au crédit de l'entraîneur de l'équipe.

Tant Bernard n'était jamais fatigué de plonger un peu plus profond pour déclencher chez le spectateur ce râle profond.

Ce gémissement écoeuré.

Qui indique à coup sûr qu'une nouvelle limite vient d'être joliment franchie.

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En un mot : bravo !

 

Mais il ne faut pas se faire d'illusions : la conjonction du talent d'un Laporte et d'une surmédiatisation effrénée est un événement rare.

Et d'habitude, les choses prennent un peu plus de temps.

Surtout s'il est question…

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Oui : surtout s'il s'agit des banlieues.

Sujet qui ne passionne les caméras de télévision que quand les jeunes des cités décident de profiter d'un air du temps clément pour allumer des barbecues un peu partout.

Et fournir l'occasion aux forces de sécurité de s'entraîner à la guérilla urbaine en milieu réel.

Le reste du temps…

Le reste du temps : nada !

 

C'est pour cela qu'il faut saluer à sa juste valeur l'initiative de Jean-Pierre Niot.

Grand homme méconnu qui s'est fait remarquer au début du mois.

Par un projet aussi pathétique qu'incroyablement méprisant.

Directeur général de l'Office public d'habitat du Havre, le bonhomme souhaitait créer un lieu de rassemblement pour les jeunes de la cité sensible de Graville-la-Vallée.

Histoire qu'ils cessent de squatter les halls d'immeuble.

Et d'embêter tout plein les autres locataires.

 

Le bougre a cogité sec, donc.

S'est même adjoint les services d'un plasticien.

Et paf !

D'un coup : l'idée de génie !

Tout bête : si ces jeunes s'entêtent à squatter les cages d'escalier, c'est qu'ils aiment ça.

Logique, non ?

D'où : pour les faire bouger, il suffit de créer une fausse cage d'escalier, plantée au milieu d'une pelouse.

Et d'attendre que, poussés par le déterminisme et l'instinct, ils en prennent possession.

Logique aussi…

 

C'est ainsi que l'Office d'habitat du Havre a fait construire ce truc.

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Conteneur présentant toutes les caractéristiques d'un hall d'immeuble, digicode compris.

Avec cette fonction de "rendre la quiétude à des locataires en détresse qui peuvent parfois vivre l'enfer, et répondre au besoin vital des jeunes de se rencontrer dans un cadre informel", a expliqué Jean-Pierre Niot à l'AFP

Tout en précisant qu'il ne s'agissait que d'une expérience, pouvant être interrompue à tout moment : "Il a suffit d'une grue pour déposer le conteneur, il suffira d'une grue pour l'enlever."

 

Et ?

Ben oui : les jeunes ne se sont pas laissés faire.

Et ont légérement vandalisé le truc, à plusieurs reprises.

Ce qui a fourni l'occasion de faire machine arrière à l'Office d'habitat, par ailleurs en proie aux critiques de tous ceux qui n'avaient pas compris le génie de sa vision naturaliste.

"Le conteneur rouge (…) a été retiré du quartier vendredi", précise ainsi Le Post.

 

Fin de l'expérience ?

Pas si sûr.

Tant cette pathétique histoire illustre à la perfection l'absence de toute réflexion sur la question des banlieues.

Où rien n'a changé depuis les émeutes de 2005.

Et où rien ne changera avant longtemps.

 

De cette initiative bien dans l'air du temps.

Oeuvre solitaire d'un Jean-Pierre Niot en avance sur son époque.

Nous retiendrons qu'elle n'est pas si éloignée de l'attitude de Fadela Amara.

Secrétaire d'état à la Ville qui essaie, elle-aussi, de dissimuler son manque d'action en reprenant à son compte les codes des jeunes des cités.  

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"Je vous le dit très cash, maintenant il faut agir. Il est hors de question qu'on continue à se la raconter sur la question des banlieues", avait prévenu Fadela Amara, avant d'annoncer un plan "anti-glandouille" pour la mi-novembre.

Domaine où elle a surtout convaincu ses collègues ministres.

A preuve, la très réjouissante baisse de fréquentation de Pour Ma Ville, bloug que la secrétaire d'Etat avait lancé pour collecter les avis des jeunes concernés.

Et dont l'activité, passée la surexposition médiatique des débuts, s'est totalement effondrée.

Alors que les premiers billets d'Amara recevaient des milliers de réponses, les derniers, postés fin septembre et début octobre, n'ont généré que quelques dizaines de "comms".

Et les jeunes ne semblent plus en avoir grand chose à faire du prétendu "parler-vrai" de la ministre.

Bref, la débâcle…

 

Alors, juste un pari vite fait.

Celui que le plan anti-glandouille subira rapidement le même sort que la fausse cage d'escalier.

Tant tous deux sont nés sous les mêmes auspices.

Purs effets d'annonce ratés, dont la prétendue compréhension des banlieues est vite démentie dans les faits.

Et qui n'ont d'autre mérite que de nous arracher un râle désespéré.

Signe que la limite a encore été repoussée.

Loin, bien plus loin.  

 

Commentaires

"les jeunes ne se sont pas laissés faire."

Tiens tiens... J'avais vu ça moi :

http://www.dailymotion.com/video/x32i2c_nouvelle-france-nouveaux-halls-dimm

À part les deux jeunes qui ne sont pas d'accord et qui disent des choses très juste, tout le monde trouvait ça génial...

Fadela Amara ? C'est qui ça ?

(Merci pour tes bons vœux de meilleure santé. Je vais un peu mieux depuis hier, je pense que "le pire" est passé).

Écrit par : Françoise | 21/10/2007

La banlieue-ghetto, c'est comme la campagne profonde: c'est toujours eux, les plus faibles, qui en prennent plein la gueule grâce aux mesures proposées par des gens qui habitent les villes intra-muros ou les banlieues pavillonaires.

Je suis issu de cette campagne profonde. Quand une usine ferme, le chômage monte à plus de 20% et des commerçants et des artisans suivent. Quand on supprime un poste d'enseignant de français dans le collège de 300 élèves du petit bourg de canton de 2000 habitants, on le sent passer. Et le plus intolérable dans tout ça, c'est que lorsque j'en parle aux lyonnais (j'y habite désormais), ils on l'air de tomber des nues, comme si je leur parlais de quelquechose qui n'existait pas; ou alors ils ne réalisent pas. Je suis sûr que ceux qui sont issus des "cités" ressentent la même incompréhension, le même abandon.

Écrit par : Jean-Léon Saint-Bernard | 21/10/2007

J'ai posté un peu vite

Moi qui ne regarde pas la télé (et la méprise), je n'avais pas regardé la vidéo de Françoise tout de suite. J'ai fait l'effort ensuite; et je la méprise encore plus.

La conclusion: on prend les jeunes habitants des quartiers pour des animaux. Cette roue aux hamsters, elle me dégoute. Elle humilie tous les habitants de ce quartier. Qu'il y aie pas mal de fouteurs de merde dans les cités c'est une chose, mais que la jeunesse du quartier, des enfants aux jeunes adultes, soit entièrement considérée comme inférieure (pas d'autre mot), c'est une véritable honte.

Écrit par : Jean-Léon Saint-Bernard | 21/10/2007

Je confime les propos de Jean-Léon Saint-Bernard : comme professeur remplaçant, je vois à peu près tous les milieux et je pense qu'on n'a aucune idée de la misère du milieu rural, bien pire que celle des quartiers urbains (un de mes derniers billets l'évoque un peu et je parle de faits graves, mais à mots couverts, prudence oblige). On ne se rend pas assez compte que les pauvres des villes sont chassés à la campagne par les HLM ou qu'ils viennent s'y réfugier parce que la vie y est moins chère en apparence. Alors on peut toujours convoquer les parents, mais comme ils n'ont pas de voiture... Il y a une paupérisation et surtout une précarisation des campagnes dont on n'a pas encore idée, tout simplement parce que l'on songe au revenu moyen des gros céréaliers. Et regardez comment on traite l'amiante dans un collège rural...

Écrit par : Dominique | 21/10/2007

Jean-Léon Saint-Bernard,

Ce qui m'a le plus choquée quand j'ai vue la vidéo (je n'ai pas la télé non plus) c'est cette volonté de refaire à l'identique une entrée d'immeuble, au lieu d'aménager un coin pour les jeunes, avec des activités possibles, comme le suggérait un des garçons interviewés. Et aussi l'auto-satisfaction des adultes, ravis de leur idée géniale (le commentaire des journalistes est pas mal non plus). On leur remplaçait du vide par du vide pour avoir la paix et bonne conscience.

L'abandon des campagnes, oui c'est partout, je le vis dans le petit bourg où j'habite. Mais il y a des endroits autour, où c'est pire, où il n'y a plus du tout de petits commerces ni de poste. Et tant pis pour ceux qui n'ont pas de voitures.

Écrit par : Françoise | 21/10/2007

« La crise de la jeunesse, dans tous les pays modernes, est devenue un sujet de préoccupation officiel qui, à lui seul, mènerait le plus crédule à douter des chances de la société de consommation dans sa tentative d'intégrer les gens. Dans le cas limite de la formation des bandes d'adolescents, il est facile de vérifier sur les cartes leur correspondance avec les emplacements des "grands ensembles" de logements, surtout dans des pays relativement retardataires comme la France ou l'Italie, où l'accès aux conditions de vie du capitalisme moderne, moins sensible, se trouve très nettement ressenti dès lors qu'il est multiplié par le facteur nouveau de ce type d'habitat. Les bandes se constituent à partir du terrain vague, qui est le dernier point de fuite existant dans le "territoire aménagé".»

Bulletin de l' Internationale Situationniste n° 6 - Août 1961-
Oui : mille neuf cent soixante et un. Il y a 46 ans.

Écrit par : leveto | 21/10/2007

@ Françoise : oui, cette vidéo se suffit à elle-même. Consternant.
Quant à Fadela Amara, je crois qu'elle est… que c'est l'une… un… non : j'ai dû me tromper.
(content de voir que tu retrouves la forme)

@ Jean-Léon (1) : oui, le rural est parfois un monde abandonné (même s'il n'est pas aussi dur et hostile que celui des banlieues). C'était d'ailleurs l'une des raisons du succès de Kamini, ce rappeur venu de nul part et qui a explosé sur le net en chantant le malaise des campagnes.
Et je pense aussi que les urbains, les vrais, ceux qui ont toujours vécu dans les quartiers protégés des grandes agglomérations ne comprendront jamais le quotidien et les problèmes d'un habitant de (entre autres) la Beauce, de la Champagne ou de la Moselle profonde.

@ Jean-léon (2) : pourquoi "posté trop tôt" : ce que vous disiez est tout à fait vrai.
Mais c'est vrai que ce psuedo-reportage est édifiant. Et je n'ai rien à ajouter à : "on prend les jeunes habitants des quartiers pour des animaux. Cette roue aux hamsters, elle me dégoute. Elle humilie tous les habitants de ce quartier".

Écrit par : Le Charançon Libéré | 21/10/2007

@ Dominique : j'acquiesce des deux antennes. Il y a une solitude, une pauvreté et un désespoir dans certaines parties de la France profonde que l'on a sans doute peine à imaginer.
Et cela vaut aussi pour des villes de petites tailles, anciens creusets ouvriers il y a trente ou vingt ans et qui se sont effondrées avec la fin d'une certaine industrie. Style certains coins du Nord-Pas-de-Calais ou, pour parler d'un endroit que je connais très bien, du Bassin houiller. Là où les emplois ont longtemps été garantis avant que d'un seul coup, pschiiitt, tout disparaisse.

@ Françoise : oui, c'est le plus incroyable, que ces mecs aient pu imaginer que le mieux pour les jeunes étaient de reproduire leur environnement le plus habituel, la cage d'escalier. Et quand on songe qu'un plasticien a été rénuméré, sans doute assez largement, pour ce projet, on se dit qu'il y a des gens qui méritent la peine de mort pour prix de leur bêtise crasse.

@ Levéto : diantre, quelqu'un qui cite l'Internationale situationniste ? Je croyais les fans de Debord tous disparus depuis les années 1980. Bienvenue :-)
Vous avez raison de le ressortir, cet extrait. Il montre bien que "Non, non, rien n'a changé, tout, tout a continué" (sur l'air de je ne sais plus quel tube…)

@ Antimythe : là, je ne vois pas vraiment le rapport. Convenez que cette initiative de fausse cage d'escalier était aussi débile qu'incroyablement paternaliste, et voilà tout.
Ou défendez-la, qu'on rigole…

Écrit par : Le Charançon Libéré | 21/10/2007

Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et surtout la grande armée des gens d'autant plus sévères qu'ils ne font rien du tout. -- Jules Claretie

Écrit par : antimythe | 21/10/2007

Nous, on trouve ça bien cette intitative. et même, on est pour.
Pourquoi ne pas continuer avec :
des bagnoles en carton dans les quartiers chauds pour cramer sans dépenses
des mannequins flics en polystirène grandeur nature à défoncer à la batte
des mini motos à pédales
des barettes de shit en chocolat
et des tournantes aves poupées gonflables.

A méditer !
Hansel et Gretel

Ps: vive le stuck et les chamallows (c'est K-rot qui insiste)

Écrit par : Lémi | 21/10/2007

@ Antimythe : là, je ne vois pas vraiment le rapport. Convenez que cette initiative de fausse cage d'escalier était aussi débile qu'incroyablement paternaliste, et voilà tout.
Ou défendez-la, qu'on rigole…

Si vous voulez rire je vous en remet un petit coup et bonne rigolade a tous

Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire et surtout la grande armée des gens d'autant plus sévères qu'ils ne font rien du tout. -- Jules Claretie


PS Si vous ne comprenez pas ,je demanderais a ma fille de vous l'expliquez demain,elle est au CM1 et je pense que c'est a sa portée

Écrit par : antimythe | 21/10/2007

@ Lémi : cool, les frères Mickey…
Moi, je signe pour toutes vos propositions : ce serait presqu'un monde parfait. (manquera plus que des gastros factices et ce sera le bonheur ultime)

@ Antimythe : tant pis.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 22/10/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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