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25/10/2007

Jean-Louis Borloo : ceux qui l'aiment prendront le train, les pauvres iront à pied

 

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Comme c'est mignon.

On va arrêter de construire tout plein d'autoroutes.

Et interdire aux vieux tacots de prendre la route.

Pas beau, le macadam.

Pas belle, la pollution.

Bouh, bouh !

 

Pardon ?

Vous n'êtes pas d'accord ?

Vous êtes bouché à l'émeri, ou quoi ?

Ce n'est quand même pas difficile à comprendre : terre qui part à vau-l'eau, pollution partout, réchauffement climatique, oiseaux qui meurent, fleurs qui se fânent, la mort qui guette, fin du monde, toussa-toussa.

Alors : d'accord ?

Oui ?

Ouf… je préfère.

Parce que pour être franc, je commençais à me poser des questions.

A me demander quelle bande de mous du bulbe, au QI même pas égal à celui d'un bullot, pouvait bien fréquenter ce bloug.

Et à m'angoisser : la révolution verte est-elle pour demain ?

Hein ? (je vous demande un peu)

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Bref, me voilà rassuré.

Tant il me semblait évident que n'importe quel lecteur intelligent ne pouvait que souscrire aux éminentes propositions du Grenelle de l'Environnement.

Premières mesures à la problématique parfaitement résumée par Jean-Louis Borloo.

Le ministre de l'Ecologie nous expliquant, repris par Le Monde, que "Le paradigme actuel, fondé sur la priorité accordée aux infrastructures routières et autoroutières et sur le développement séparé des modes de transport, doit laisser place à une logique de développement intégrée, multimodale, dans laquelle la route et l'avion deviennent des solutions de dernier recours imposées par l'état des technologies ou la géographie. La capacité routière globale du pays ne doit plus augmenter, sauf pour éliminer des points de congestion et des problèmes de sécurité. Il s'agit aussi de réduire l'intensité énergétique des transports. L'objectif retenu est de réduire de 20 % d'ici à 2020 les émissions actuelles [de gaz à effet de serre]."

Pas mal, non ?

Oui : je trouve aussi.

Et j'apprécie d'autant plus que cette déclaration, pour anecdotique qu'elle soit, traduit à la perfection ce qui pourrait bien devenir l'une des plus grandes arnaque du siècle.

Et rester dans l'histoire comme le plus ambitieux des hold-ups sociaux, celui effectué au nom de l'écologie.

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En un mot : une nouvelle extension du domaine de la lutte des classes au transport.

 

Mouais…

Pas convaincu ?

Ok, reprenons quelques-une des premières mesures annoncées par les joyeux réformateurs du Grenelle de l'Environnement.

"L'achat de voiture propre bénéficiera d'une ristourne. Son montant n'est pas arrêté, mais elle sera financée par le malus annuel infligé aux véhicules les plus énergivores", nous dit 20 Minutes.

Là, les choses sont claires.

On va faire raquer ces salauds de pauvres qui possèdent des guimbares de 20 ans d'âge.

D'antiques tacots ne valant plus un rond.

Tandis qu'on donnera un petit coup de pouce financier à ceux qui ont les moyens d'acheter neuf et propre.

Authentiques patriotes qui, en sus de sauver la planète, font tourner à fond nos industries automobiles.

Logique ?

Non : écologique.

 

Mais là n'est pas l'arnaque essentielle.

Celle-ci se niche ailleurs.

Joliment dissimulée dans l'ambition affichée de mettre en avant le tout-TGV.

En même temps que Jean-Louis Borloo a audacieusement annoncé un "moratoire" sur la construction des autoroutes, le Grenelle de l'Environnement a en effet décidé que "pour favoriser les transports en commun, 2 000 kilomètres de lignes de TGV doivent être construites avant 2020", souligne Le Figaro.

 

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2 000 kilomètres !

Rien que ça…

Et autant de moins en terme d'offre Corail et TER, bien entendu.

Tant le développement des lignes à grande vitesse signifie la disparition des tortillards et autres wagons lambinants.

Et quoi : on est au 21e siècles, ou pas ?

 

Problème : les tarifs ne sont pas (mais alors pas du tout) les mêmes.

Largement supérieurs pour ceux qui voyagent vite, très vite.

Sur la ligne TGV-Est, mise en service il y a quelques mois, l'augmentation du prix moyen des places est ainsi de 30 %.

Un tel scandale que même les membres du Conseil économique et social de Lorraine, pourtant pas une assemblée de gauchistes, ont jugé bon de protester, d'autant plus énervés que la ligne a été financée à hauteur de 23 % par les collectivités locales.

Sans que cela change grand-chose : les usagers, à qui on ne laisse plus le choix de voyager moins cher, restent les dindons de la farce

Et l'entreprise ferrovière, qui réalise pratiquement ses seuls profits avec la grande vitesse, se frotte les mains.

"C'est un business de plus en plus européen, de plus en plus dense. La rentabilité est très forte, principalement grâce au fort taux de remplissage des trains, de l'ordre de 75% aujourd'hui, avec un objectif de 80% dans trois ans", avoue ainsi Anne-Marie Idrac, présidente de la SCNF.

Un "business" creusant l'inégalité. 

Comme le fera l'écologie si elle ne va de paire avec le social.

Mais ça…

Comment dire ? 

C'est le cadet des soucis de jean-Louis Borloo.

 

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Bref : vive le Grenelle de l'Environnement !

Et qu'importent les pauvres.

Ils iront à pied.

C'est bon pour la ligne, après tout.

Commentaires

Formidaaaaaaaable !

Ça c'est le progrès ! Des TGV partout ! Je suis sûre qu'ils vont m'en mettre un (abonnement-tarif-réduit) pour que je puisse aller de mon bled à Poitiers, autrement qu'en voiture avec des amis ou en car. Choueeeeeeetttttte !

Et puis Mr Borloo il pense à l'eau aussi :

http://blog.mondediplo.net/2007-10-17-L-interet-general-n-est-pas-soluble-dans-la

C'est beau l'écologie gouvernementale.

Écrit par : Françoise | 25/10/2007

Tiens, en bonus, un p'tit coup d'CO² ? Ça fera de jolies bulles dans l'eau.


"La taxe carbone sera arbitrée par Sarkozy

[...] la contribution énergie climat, également appelée taxe carbone, a fait l'objet d'un véritable suspense hier.
« Nous avons acté la volonté politique de donner un prix au carbone, mais la décision est renvoyée au chef de l'Etat », a finalement déclaré hier soir Nicolas Hulot.

Si un consensus a été obtenu à l'arrachée sur ce principe, le Medef y pose deux conditions : « la nécessité de la mettre en place dans un cadre européen et qu'elle soit compensée par une réduction de charges sur les entreprises », comme l'affirme Jean-Pierre Clamadieu, président de sa commission développement durable."

http://www.lefigaro.fr/france/20071025.FIG000000263_la_taxe_carbone_sera_arbitree_par_sarkozy.html

Écrit par : Françoise | 25/10/2007

"Ces mesures représentent un coût de construction de 150 à 200 euros par mètre carré. Pour le client, le prix de vente augmentera d'un peu moins de 10%" : ah...la taxe-carbone, c'est pour redistribuer aux entreprises-gentilles-qui-veulent-bien-mettre-des-ampoules-a-basse-consommation-d-energie ?

Nicolas Hulot " "quelque chose d'unique s'est passé dans ce pays" : il serait donc comme tous les autres....

Rien sur la qualite de l'eau ? Sur le modele "plus d'avion, plus de kerosene" ? Sur l'inflation des emballages par nos cheres multinationales ? Bref, qques decisions bling-bling a impact direct sur le consommateur, pauvre si possible, et rien qui concerne les plus gros pollueurs objectifs.... Ca, c'est "unique"... A pleurer !!

Écrit par : FD | 25/10/2007

Desole Francoise, n'avais pas vu ...
Incroyable ! On va forcer les collectivites locales a claquer toujours plus de pognon pour recycler toujours plus d'eau polluee !!! Si c'est pas d'l'eco revolution, ca ? En l'occurence, s'attaquer au probleme "a la source", y a personne qui y a pense ?

Écrit par : FD | 25/10/2007

@ FD,

On va aussi faire faire de bonnes petites affaires à des sociétés privées. L'eau va augmenter, les taxes d'assainissement aussi, les impôts locaux,etc.

C'est "la lutte pour le pouvoir d'achat" promise par NS...

Ça fait plus de quarante ans qu'on "pense" à augmenter le fer-routage. À peu près autant d'années qu'on "réfléchit" à l'amélioration du transport fluvial... Et tout est à l'avenant.

Écrit par : Françoise | 25/10/2007

Quand je vois la situation des transports dans ma région, c'est une catastrophe : je vis dans le trou noir de la fameuse banane bleue. Ce n'était pas glorieux avant puisque le train Reims-Troyes n'existait plus et avait été remplacé par un bus, que la plupart des petites lignes vers Sézanne ou Sermaize avaient été supprimées alors que ces bleds sont déjà loin de tout, mais en outre le TGV nous sucre la liaison avec Verdun-Metz-Luxembourg qui desservait des communes éloignées comme Suippes ou Sainte-Menou et qui permettait de compléter le Paris-Nancy-Strasbourg. Il reste bien sûr les cars, avec parfois deux voyages dans la journée parce qu'ils sont à 99 % vides sauf quand des élèves les prennent ou que certaines personnes âgées vont rendre visite à un parent à l'hôpital. Heureusement qu'ils sont financés par le conseil général, mais quand on voit les problèmes de correspondance cela devient vite très compliqué : pour me rendre dans un bled à vingt-cinq kilomètres de chez moi, je passais parfois cinq heures pour faire un aller et je faisais en fait soixante kilomètres ! Et le kilomètre de car coûte plus cher que le kilomètre de train. Si je veux me rendre à Sézanne, je dois d'abord me rendre à Château-Thierry en Picardie, donc faire un détour de plus de soixante kilomètres dans une autre région ce qui double le trajet, et si je veux me rendre à Vouziers à la même distance je dois me rendre d'abord à Sedan qui est à cent kilomètres ! Il s'est constitué dans ma bonne ville une association des abonnés qui ont été pris en otage financiers par la SNCF : il existe une centaine de personnes qui vivent à Champignac et qui travaillent en région parisienne, elles faisaient le trajet avant et trouvaient leur compte en additionnant coût du loyer et abonnement, mais ce n'est plus possible pour elles avec en plus de la hausse des tarifs le système des réservations et bien moins de dessertes, ce qui est très pratique dans les relations envers son employeur. Le sujet est abordé abondamment par un blogueur de droite dissident vivant à Troyes ou sur le blogue des communistes de Vitry-le-François (je peux donner les références), la situation exaspère des gens de tout bord parce que le TGV-Est a signifié d'abord une précarisation accrue dans une région déjà très mal reliée.

Écrit par : Dominique | 25/10/2007

"la plupart des petites lignes vers Sézanne ou Sermaize avaient été supprimées alors que ces bleds sont déjà loin de tout"

Il y avait une micheline qui faisait Poitiers-Loudin, elle s'arrêtait dans les petites gares le long du trajet. "Pas rentable". La ligne de chemin de fer ne sert plus qu'aux transports de marchandises (production agricole surtout). La gare est transformée en centre social. C'est bien, un centre social, c'est vrai, mais pour les déplacements... Tout le "petit" réseau secondaire a été "nettoyé".

Quant aux correspondances par cars, pour aller de chez moi dans les bleds alentours, nada. C'est Poitiers aller-retour, point.

Écrit par : Françoise | 25/10/2007

@ Françoise : en effet, tout est prévu pour les petits déplacements dans les zones rurales ou semi-rurales.
Avec notamment des MGV (Mobylettes à grande vitesse), des MTBMEFTG (Mets tes baskets, marche et fermes ta gueule) et des BSQSLVSAEH (Bien sûr que si, le vélo s'utilise aussi en hiver. Si avec ça, tu remises pas ta voiture avec le sourire, c'est que tu y mets vraiment de la mauvaise volonté.
(par contre, technique, ce papier sur l'eau. Je vais essayer de me replonger dedans avec toute la concentration dont je suis capable)

Quant à la taxe carbone, moi je suis d'accord avec le Medef : si on institue une charge supplémentaire pour l'écologie, ça paraît logique qu'on baisse les charges de l'autre côté. Sinon, ça sert à quoi que les patrons y se décarcassent, hein ?
Désolant…

@ FD : ça se résume en effet à ça, afficher quelques mesures gadgets qui ne pèseront que sur les plus faibles et continuer à aller droit dans la mur. Ou comment réussir à prendre les gens pour des cons dans tous les domaines.
Quant à Hulot… Je crois définitivement qu'il faut se méfier de tous les gens qui se prénomme Nicolas : ils ne sont attirés que par la lumière, surtout experts à brasser du vent.

@ Dominique : une illustration parfaite que l'on ne retrouve pas qu'en Picardie, mais dans bon nombre de zones rurales.
Tout cela est lié à l'objectif de rentabilité fixé à la SNCF et à l'abandon de toute notion de service public. Il ne s'agit plus de desservir des territoires, mais de faire du fric. Ça change tout. (je sais, je ne vous apprends rien. Mais cela m'énerve tellement)

Il y a trente ans, les vieilles michelines allaient presque partout pour un tarif modique : on voyageait doucement, dans des conditions de confort relatives, mais on voyageait. Il y a dix ans, le TGV était encore l'exception et la combinaison TER-trains corail proposait un service aussi efficace que satisfaisant, même si les lignes les moins rentables étaient peu à peu abandonnées. Dans dix ans, le TGV sera devenu la norme et ne transportera plus sur les grandes lignes que la clientèle d'affaire et la population à hauts revenus ; les autres pourront bien crever dans leurs villages, à regarder passer les trains à 300 km/h.

C'est comme si on était en train de refaire la révolution des transports à l'envers. Cela me sidère…

@ Françoise (bis) : dans les zones rurales, point de salut hors la voiture. Et de toute façon : qui se soucie du sort des bouseux ? Y a même pas de Vélib, là-bas…

Écrit par : Le Charançon Libéré | 25/10/2007

"C'est comme si on était en train de refaire la révolution des transports à l'envers."

C'est comme si... En fait "On" fait la ré-volution de tout. On retourne au bon temps où seuls les très riches pouvaient s'offrir bons soins médicaux, déplacements, voyages etc. Remarque, au Moyen Âge les gens pauvres allaient bien prier à Compostelle à pieds...

"point de salut hors la voiture".

Ben, oui. Et je peux te dire que j'en sais quelque chose, n'étant pas "motorisée". Je me débrouille, mais je me demande comment font certaines personnes âgées (je suis "âgée" mais pas "personne âgée", nuance !) seules et sans voitures ou incapables de conduire. Remarque, en fin de compte c'est idiot de devenir âgé, on devrait se forcer à mourir jeune et en bonne santé, ça ce serait rentablement économico-économique !

Écrit par : Françoise | 25/10/2007

"En fait "On" fait la ré-volution de tout. On retourne au bon temps où seuls les très riches pouvaient s'offrir bons soins médicaux, déplacements, voyages etc."

Tout à fait d'accord ! On est en train (euh...) de faire un retour au Moyen-Âge à la vitesse grand V, au moins au plan social.

Écrit par : Pachenka | 25/10/2007

Oui ben Françoise, j'ai la chance de vivre dans l'une des régions et surtout l'un des départements les plus riches de France (même s'il existe en fait des coins dedans où la misère est profonde), cela permet encore d'entretenir quelques liaisons par car ou par taxi-ambulance, mais c'est en même temps subventionner les sociétés privées comme Veolia qui possède une bonne part du réseau, tout le monde n'est donc pas perdant dans l'affaire. En gros, cela tient un peu parce qu'il y a des gens pour acheter des vins qui font des bulles, pour rouler au diester ou pour se goinfrer de sucres betteraviers. Mais comme c'est aussi la seule région de France à perdre des habitants depuis un moment et sur le long terme, il n'est pas sûr que la solidarité régionale jouera encore pour des communes de cinq mille habitants à cinquante kilomètres du plus proche noeud autoroutier ou ferroviaire, et je n'explique pas le problème en cas de fermeture des hopitaux ruraux vu l'étendue du désert.

Écrit par : Dominique | 25/10/2007

@ Françoise : tu as raison, le "comme si" était de trop.
Et le cumul "sans voiture" + "personne âgée" + "milieu rural" est une condamnation directe pour l'enfer. Pas d'autre solution que de devenir fou ou de devenir adepte de Jacques Martin.
(ah, merde, non… pas Jacques Martin)

@ Pachenka : oui, le moyen-âge ou, plus proche de nous, le copié-collé de la société américaine. Ce coup-ci, on n'y coupe plus.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 25/10/2007

Une taxe écologique (l’écopastille) probablement annuelle sur les véhicules neufs les plus polluants vise à financer une prime à la casse pour inciter à l’achat d’un véhicule propre. Mais on ne connaît pas encore vraiment ses modalités (montant, seuils de pollution ?).
Si c'est cela le scandale???Pschitttt

Écrit par : antimythe | 26/10/2007

cartiaux ''l'écolo'' parfois on m'appelle...Tiens prenons un exemple de ce qui me met en rogne.je viens d'acheter un feu à bois.Il faut bruler du bois : moins de CO2, une filière qui dégage des emplois ...qu'on nous dit. Seulement voilà, le prix de mes bûches/compressées/ écologiques...vient de prendre une augmentation de prix de 15% par rapport à l'hiver dernier. Et le vendeur qui essaie de me faire croire que ''c'est à cause des feux de forêts''.

Écrit par : cartiaux | 28/10/2007

@ Antimythe : pour moi, le scandale est surtout de présenter le TGV comme une réelle alternative alors que son coût et ses dessertes en font un facteur d'inégalités sociales. Voilà tout.

@ Cartiaux : un homme des bois ? Bienvenu. :-)
"Si le bois est trop cher, brûle le vendeur" (proverbe vosgien)

Écrit par : Le Charançon Libéré | 28/10/2007

vive la france !!!!

Écrit par : Vente de voiture en Tunisie | 11/12/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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