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01/11/2007

Traque des sans-papiers : bonne poire, l'Etat se fait pédagogue. Et démontre aux clandestins qu'ils feraient mieux de sauter par la fenêtre plutôt que de gober les bobards préfectoraux.

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Bordel !

C'est toujours pareil.

C'est quand la machine semble enfin fonctionner à plein régime.

Qu'un petit grain de sable vient s'y loger.

Histoire de tout foutre par terre.

 

Les choses paraissaient pourtant bien emmanchées.

Et les efforts constants fournis par les supplétifs de l'Etat semblaient enfin porter leurs fruits.

A tel point qu'on commençait à se frotter les mains au ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.

En pensant à toutes les économies de carburant et de plateaux-repas réalisées.

 

Un raisonnement logique : si les clandestins prenaient l'habitude de fuir à la vue d'un uniforme.

De paniquer devant chaque policier.

Et de tant perdre leur sang-froid face aux forces de l'ordre qu'ils finissaient par choisir n'importe quelle fenêtre de secours.

Enjambant le montant pour jouer les filles de l'air.

Et s'écraser avec une régularité métronomique quelques étages plus bas.

 

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Si cet immense effroi devenait règle, donc.

Et se transformait en tropisme.

il n'y aurait bientôt nul besoin de rapatrier les sans-papiers chez eux.

Non, il suffirait d'agiter quelques uniformes.

Pour ramasser les corps sous les fenêtres.

 

Une tactique efficace.

Qui a fonctionné avec le petit Ivan.

Avec Chulan Liu, la Chinoise.

Avec Sébastien, jeune Congolais, ou avec ce Tunisien anonyme.

Facile…

 

medium_saut.3.jpg

  

 

Mais l'habitude n'a pas été prise par tous.

Et certains sans-papiers n'ont pas encore saisi qu'il fallait fuir tous les représentants du pouvoir.

Ainsi de ce Nigérian de 25 ans, marié à une Française et presque en règle.

Jeune naïf à la conscience si tranquille qu'il s'est rendu à une convocation de la préfecture de l'Essonne.

Pour retirer l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été promise par courrier.

 

Et ? 

Qu'est-il arrivé ?

Ben oui : il a été arrêté.

Et expulsé manu militari.

 

Alors.

Certains ne manqueront pas de s'indigner du piège tendu.

Déplorant que l'Etat recoure à des manoeuvres aussi honteuses qu'infamantes.

 

D'autres dénonceront le nouveau degré franchi dans l'abjection.

Pour une traque aux clandestins qui ne s'embarrassait déjà pas beaucoup de scrupules.

 

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Je me contenterai de m'étonner : il n'y avait pas de fenêtres, à la préfecture de l'Essonne ?

Pas moyen de sauter ?

Même du premier étage ?

Hein ?

Ça aurait pourtant représenté de jolies économies de transport.

A l'heure où l'Etat a plus que jamais besoin de sauvegarder les maigres pépètes qui lui restent.

 

Bref, encore un effort, messieurs du ministère de l'Identité nationale.

Vous finirez bien par arriver à toucher le fond.

Vous en êtes déjà si proche.

Qu'il serait dommage de s'arrêter en si bon chemin.

Sans déconner…

Commentaires

"Je me contenterai de m'étonner : il n'y avait pas de fenêtres, à la préfecture de l'Essonne ?"

Surtout pas ! Ça ferait désordre. Il pourrait y avoir des témoins dehors, un commencement de début de semblant d'enquête, tout le tralala. D'accord, d'accord, on demanderait à Mme Dati d'arranger ça. Mais bon en attendant ça fait baisser le rendement.

Franchement, c'est idiot de l'avoir convoqué ce jeune homme. Si un petit bataillon de CRS était allé le chercher chez lui aux aurores, là il y avait une chance. Et encore à condition qu'il n'habite pas au rez-de-chaussée.

Tu vois comme c'est difficile de bien faire ?

Moi je les admire tous ceux qui, chaque jour au petit déjeuner devant leurs croissants-tartines-beurrées-café-chocolat-au-lait dans leur petite-cuisine-proprette-bien-ensoleillée, arrivent à sourire à leurs enfants, à parler à leur femme gentiment, alors qu'ils ont l'angoisse au ventre en pensant : "Bord... ! Va falloir encore la jouer serrée, faut que j'en chope au moins cinquante, si je veux remplir mon quota pour la journée".

Écrit par : Françoise | 01/11/2007

Je m'incline : ce n'est pas évident en effet.

Sinon : "alors qu'ils ont l'angoisse au ventre en pensant : "Bord... ! Va falloir encore la jouer serrée, faut que j'en chope au moins cinquante, si je veux remplir mon quota pour la journée"."
Il y en a qui le vivent mal, en effet.
A preuve, ce témoignage sur indymédia : "Malaise dans la police Selon Francis Masanet, secrétaire général adjoint du syndicat de policiers UNSA, "le gouvernement, nous en sommes certains, prépare pour la rentrée des opérations spectaculaires, ciblées et Médiatique.
Le climat dans lequel s'effectuent ces opérations finit par peser lourdement sur le moral des troupes... Les centres de rétention surchargés, dans lesquels se multiplient conflits et drames, l'intervention des associations, les difficultés liées à l'embarquement des récalcitrants ... tout cela suscite des doutes parmi les policiers sur le bien-fondé de ces méthodes...."
Selon Nicolas Comte, le secrétaire général du SGP-FO, "nous avons l'impression que notre mission s'apparente à un travail d'abattage. Nous n'avons plus le temps de nous attaquer aux employeurs mafieux, aux réseaux... Il y a de plus en plus de tensions lors des interpellations. On est parfois, c'est vrai, à la limite des règles de procédure [...] Et pourquoi cet objectif de 25 000 expulsions ? [...] Le malaise des policiers face à ces objectifs chiffrés se ressent à tous les niveaux. Les collègues en parlent beaucoup. On a l'impression de travailler dans le vide, de ne pas donner une bonne image de la police. Ce n'est jamais drôle d'interpeller quelqu'un chez lui à six heures du matin. Mais quand il s'agit d'étrangers au milieu de leurs enfants, dont le seul délit est de demeurer dans l'illégalité pour faire vivre leur famille, c'est très difficile."
( http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=86649 )

Ou cet article de Rue 89 : http://www.rue89.com/2007/10/05/expulsions-le-temoignage-du-malaise-dans-les-prefectures

Au moins, il reste quelques membres des forces de l'ordre pour garder un certain sens moral. Déjà ça.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 01/11/2007

Oui, j'avais lu ces témoignages, et j'y ai pensé en écrivant ce passage.

Mais bon sang ! Ils se sentent mal, les gendarmes et les policiers, ça ne leur plaît pas , d'accord, alors qu'ils fassent quelque chose. Et pas du genre "c'est pas drôle, mais c'est pas de notre faute, y a les ordres, etc." On a déjà entendu ça... à des périodes pas drôles.

Et les préfets crois-tu que s'ils "en avaient" et un peu le sens de l'honneur, ils ne pourraient pas refuser, démissioner ?

Je sais ce n'est pas facile. C'est plus facile d'être salaud.

Écrit par : Françoise | 01/11/2007

Les préfectures, mentir ?

Meuh non ! Simplement la France étant une terre d'accueil réputée, il n'existe QUE le formulaire de convocation pour retirer une autorisation provisoire de séjour (ou une pile de photocop' à écouler, au choix).

Et ce n'est qu'une fois les convoqués rendus sur place que leurs ordinateurs modernes (comprendre « qui eux, contrairement aux autres, ne tombent jamais en panne ») leurs permettent de corriger les boulettes. Il n'y a aucune malveillance là dedans, m'enfin...

Ah, la, la. Cette habitude à voir le Mal partout !

Écrit par : furax | 01/11/2007

@ Françoise : on est bien d'accord.
Mais s'ils avaient le sens de l'altruisme et le goût de la rebellion, ils ne seraient ni gendarmes, ni policiers, ni préfets. Ce qui n'empêche pas une petite partie d'entre eux, la plus respectable, de se sentir de plus en plus à l'étroit dans le corset de leur supposé devoir.
Ça ne veut pas dire qu'ils vont descendre dans la rue avec un drapeau rouge… Force de l'ordre toujours ils resteront. Mais peut-être que leurs nuits sont moins douces et leurs cauchemards plus sombres.

@ Furax : si c'est administrativement explicable, ça change tout… Dans ce cas, total respect aux préfectures, obligées de composer avec des formulaires obsolètes. :-)

Écrit par : Le Charançon Libéré | 01/11/2007

Les Gugnols de Canal Plus ont fait un sketch à ce sujet, très grinçant et inspiré des Monty Pythons (visible là http://youtube.com/watch?v=vFofAy0oozM à 3mn 33sec du début).

Rire désespérant.

Zgur

Écrit par : Zgur | 01/11/2007

Toujours d'aussi bonne qualité ces billets...
big up
&
see ya

Écrit par : skalpa | 02/11/2007

oui le malaise de la traque au sans papiers ne fera que s'accentué jusqu'a ce que ....
1 - ca devienne une coutume ? ah beurk :(
2 - que les francais prenne conscience et se soulève ? faut que j'arrete de rever ...

Ayant ma soeur marié à un "sans papier" né en tunisie et ayant consulté quelques avocats sur le sujet, je voulais préciser que le jeune nigérian de 25 ans peut se presenter devant la justice avec son arrété d'expulsion et son acte de mariage et d'apres les avocats, il obtiendra réparation et son visa long sejour jusqu'a ce qu'il obtienne ces papiers francais. Difficile procédure certe mais c'est ca la France d'aujourdhui ....

Écrit par : GASKA | 02/11/2007

@ Zgur : Il y a des fois où je regrette de ne pas avoir la télé (mais pas souvent quand même…). Ce sketch est génial, cool pour le lien. :-)

@ Skalpa : c'est gentil tout plein, merci.

@ Gaska : pour te reprendre, je dirais bien que "le malaise de la traque au sans papiers ne fera que s'accentué jusqu'a ce que" tous les sans-papiers se soient écrasés sur le macadam… (à voir, le sketch jouissif mis en lien par Zgur un peu plus haut)
Sinon, oui : il semble bien que ce jeune homme pourra revenir en France. Ce qui rend d'autant plus abérrante la politique du régime : on renvoie des gens qui avaient toute légalité pour rester en France. Et que la loi autorisera donc à revenir. Si l'on se place dans une simple optique économiste, en mettant de côté toute considération morale (je sais, c'est difficile), la traque aux sans-papiers est assu improductive qu'inutilement coûteuse.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 02/11/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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