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02/11/2007

Pour régler leur pathétique différent, Giesbert et Barbier se retrouveront sur le pré. Si seulement l'un pouvait rester sur le carreau…

 

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L'aube vient tout juste de se lever.

Et le soleil peine à éclairer Paris qui se réveille doucement.

Sur ce petit pré, à l'écart des habitations, pas vraiment en banlieue mais déjà hors de la ville.

Deux petits groupes se font face, à une vingtaine de mètres.

S'observant et se jetant des regards coléreux.

 

A droite, ils sont trois.

Deux hommes replets, visiblement inquiets, qui en entourent un troisième.

Lequel tient maladroitement en ses mains un pistolet antique tout en passant et repassant des doigts fébriles dans sa chevelure grisonnante ; de la poche de son pardessus, un petit livre dépasse, dont on devine le titre : "Traité de déontologie journalistique".

 

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A gauche, ils sont trois aussi.

Un homme ventripotent, à l'évidence anxieux.

Un deuxième, dont on ne voit pas le visage, affairé qu'il est à faire fonctionner une petite caméra numérique destinée à réaliser le podcast de l'événement.

Et un troisième, armé aussi, à l'allure plus fringante mais non moins empruntée que son homologue de pistolet.

Pour cacher sa peur, il ne cesse d'arranger et réarranger l'écharpe rouge qui flotte  autour de son cou.

 

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Entre les deux groupes, un homme fait le va-et-vient.

Passant de l'un à l'autre pour s'enquérir de leur état.

Et on pourrait fort bien le prendre pour la mouche du coche.

Si la sacoche tenue en ses mains n'indiquait son état : médecin.

 

Sur le pré, en ce petit matin, la brume flotte encore.

Et accroit l'impression d'étrangeté qui étreint les participants à ce ballet d'un autre temps.

Où tous les détails.

Déroulement strict de l'affaire.

Sont régis par d'antiques règles.

Que personne n'a vraiment oubliées.

 

Les témoins ?

Ils se regroupent au centre.

S'assurant à tour de rôle que nul retour en arrière n'est possible.

"Et bien, le vôtre n'a pas changé d'avis ?"

"Non plus que le vôtre, j'imagine ?"

"Non"

"Alors, les dés en sont jetés. Nous sommes d'accord sur le principe ?"

"Oui : feu une première fois, quand le mouchoir touchera le pré. Puis feu à nouveau, jusqu'à ce que l'un des protagonistes s'écroule."

"C'est cela. Alors, bonne chance."

"Bonne chance."

Tous quatre se serrent solennellement la main.

Avant de s'écarter avec précaution du champ des tireurs.

 

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Seul l'un ne s'est pas trop éloigné.

Qui tient en sa main un carré de tissu.

Et après avoir jaugé chacun des deux hommes se faisant face.

Leur accordant un ultime regard pour vérifier qu'ils n'ont pas changé d'avis.

Il projette en l'air la petite toile rouge vif.

Mouchoir qui se déploie lentement

Et retombe doucement.

Tout doucement.

Jusqu'à effleurer, comme au ralenti, les brins d'herbe les plus élevés.

 

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C'est le signal !

L'ouverture du feu !

Et tandis que les témoins serrent les poings, transis de peur pour leurs champions, les deux hommes de presse lèvent leurs lourds pistolets.

 

                                [Petit apparté nécessaire à la compréhension : des répliques suivantes, seules celles en italique sont authentiques, tirées des blougs des deux protagonistes. Les autres ne sont que liant romanesque à cette histoire pathétique. Pour ceux qui n'auraient pas suivi la polémique entre ces deux patrons de presse, une visite de leurs blougs respectifs s'impose.] 

 

C'est Christophe Barbier qui tire le premier : 

"FOG, infâme opportuniste. Quand Rachida Dati a exercé les pressions les plus incroyables sur notre journal, vous n'avez rien fait. Au contraire, vous en avez profité pour récupérer les bonnes feuilles de son bouquin !"

Réponse de la crémière :

"Êtes-vous jaloux, Monsieur ?"

Et le sémillant patron de l'Express de s'emporter :

"Non, je ne le suis. Juste scandalisé de voir que Le Point reprend, lui, sous la plume de Franz-Olivier Giesbert, l’argument de Dati: si on la critique, c’est qu’on est raciste…"

Bouilllonnant, le grand chef du Point monte la voix à son tour :

"Calmos, Christophe ! Quand on a la chance d’être à la tête d’un grand journal, il faut savoir garder ses nerfs. Mais ce qui vous embête, M. Barbier, c’est la concurrence. Autrement dit, l’existence du «Nouvel Observateur» et du «Point», ainsi que leurs succès, des succès bruts de décoffrage, sans avalanche d’attrape-lecteurs et autres produits-plus en tout genre."

Christophe, énervé :

"Des succès bruts de décoffrage, laissez-moi rire… La Une du Point reprend les bonnes feuilles du livre de la Garde des Sceaux, qui ne devait paraître chez Grasset que le 13 novembre. Dans l’urgence, elle a trouvé un organe de presse docile et véloce pour porter sa défense."

FOG, émoustillé :

"C'est cela, oui. Vous vous présentez en preux chevalier de l’information libre avant de nous donner des leçons. Certains diront que c’est comique, d’autres trouveront ça pathétique. (…) Tout ça parce que nous avons publié les bonnes feuilles du livre de Rachida Dati que vous vouliez aussi publier, que je sache, puisque vous avez fait le siège, pour cela, de la ministre et de son éditeur."

Christophe, excédé :

"Noyez le poisson tant que vous voulez. Mais je constate que «La voix de son maître» est toujours un slogan valable."

FOG, hautain :

"Franchement, les bras m’en tombent. (…) Pour vous faire mousser, vous faites état des interventions innombrables de la ministre ou de son équipe auprès de son vaillant directeur avant la publication d’une enquête gentillette intitulée : « La face cachée de Rachida Dati. » Mais vous découvrez la lune, mon pauvre chat. Les puissants passent leur temps à faire pression sur nous. A nous de résister. C’est notre métier. Nous le faisons modestement, sans en tirer gloire. L’indépendance n’est jamais acquise, il faut la défendre."

 

A ces mots, le directeur de l'Express s'écroule, sérieusement touché.

Tant nul n'aurait pu résister à une charge d'une violence aussi incroyable que culottée.

Le coup est d'ailleurs si bien porté qu'il restera à la postérité.

Et que le "Nous le faisons modestement, sans en tirer gloire. L’indépendance n’est jamais acquise, il faut la défendre" survivra à l'usure des ans.

Maintes fois réutilisé ensuite, il sera même enseigné dans les écoles de journalisme.

Et les apprentis scribouillards ne manqueront jamais de s'extasier sur la botte secrète de Franz-Olivier, celle qui piétine l'indépendance pour mieux toucher à la fin de l'envoi.

Pas mal, non ?

  

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Voilà.

Je m'excuse platement auprès de ceux que le psychodrame Barbier-FOG, par blougs interposés, ennuie.

Mais je dois bien avouer que j'ai, quant à moi, beaucoup ri en voyant ces deux escogriffes jouer aux paragons de vertu journalistiques.

J'en ris même encore, c'est dire.

"Nous le faisons modestement, sans en tirer gloire. L’indépendance n’est jamais acquise, il faut la défendre."

Sans déconner…

 

Et puis, je ne vous le cache pas : un espoir me taraude.

Celui de voir les journalistes revenir à de lointaines pratiques.

Quand ils réglaient leur compte par de véritables duels, pas virtuels ceux-ci.

S'affrontant à l'épé ou au pistolet pour un article diffamatoire.

Pour l'honneur de leur titre.

Ou pour un papier un peu trop leste.

Une remise au goût du jour du duel qui aurait bien des avantages.

A commencer par celui d'épurer la profession.

Et de détrôner quelques positions si installées qu'elles permettent les abus les plus incroyables.

 

Alors, Messieurs Barbier et Giesbert.

Puisque vous êtes si virulents.

Retrouvez-vous donc sur le pré.

Je compterai les tombés-au-champ-d'honneur avec un plaisir non dissimulé.

 

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Bref, faites comme vos illustres prédécesseurs. 

Ceux qui avaient encore le courage de leurs écrits et la folie de risquer leur pouvoir.

Tel Paul François Dubois, l’un des propriétaires du journal Le Globe, qui le 20 septembre 1830 affronta au pistolet Sainte-Beuve.

Tel Armand Carrel, éminent journaliste, mort le 22 juillet 1836 face à Emile de Girardin, fondateur de La Presse.

Tel Henri Lissagaray, rédacteur de l'Avenir, blessé en septembre 1868 face à Cassagnac. Une blessure qui n'a pas refroidi son ardeur : "À peine rétabli, il renvoya ses témoins chez Cassagnac pour reprendre l'affaire. Celui-ci répondit :  Non monsieur ! j'ai pu consentir à être votre adversaire, il me répugne de devenir votre charcutier...", explique Wikipedia.

Ou tel Marcel Proust et Jean Lorrain, critique littéraire du Journal, qui se sont retrouvés sur le pré en février 1897.

 

Une fière époque, où la presse avait encore un honneur.

Tandis que le votre, Messieurs Barbier et Giesbert, est mort depuis longtemps.

Et il ne vous reste que vos combats d'épiciers.

Pour faire croire à la fiction de votre déontologie.

Bande de guignols… 

 

Commentaires

Un vrai régal, le week-end risque d'être prodigieux s'il est de la même veine!
Prenez soin de vous, Charançon, et évitez les duels car quelle tristesse si nous vous perdions un de ces jours à la lueur de l'aube.

Votre serviteur,

Écrit par : Jean-Marie Belgique | 02/11/2007

Excellentissime.
Difficile même de laisser un commentaire.
Merci de nous venger de leur médiocrité ( avec quand même un faible pour FOG et son "Calmos Christophe", suivi ou précédé de l'habituelle accusation de racisme, etc...)

Écrit par : christian lehmann | 02/11/2007

@ Jean-Marie : merci mille fois, je vais essayer de garder le rythme.
Quant aux duels, je ne demande que ça. Mais vu mon faible talent au pistolet, à l'épé ou avec tout autre instrument tranchant, je n'ai réussi qu'à provoquer quelques autres scribouillards au lever de coude et à la descente de godet. Discipline tout aussi périlleuse, mais sur le long terme…

@ Christian Lehmann : merci beaucoup, aussi. Et quoi, je ne vais pas bouder mon plaisir… :-)
Et nous sommes d'accord : à ce petit jeu du pire, c'est Giesbert (et de loin) qui l'emporte, écrasant avec un culot incroyable toute concurrence, fut-elle celle d'un Barbier très empreint de sa petite personne.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 02/11/2007

FOG est vraiment fortiche ! Faire mouche après avoir vu ses bras lui en tomber ! Sa botte secrète doit être vraiment imparable !

C'est sûrement grâce à cela qu'il défend si bien l'indépendance et l'éthique journalistique.


(Tu nous en feras d'autres, j'espère dans ce style-là. J'ai bien ri, ce qui n'est pas un mince plaisir par les temps qui courent).

Écrit par : Françoise | 02/11/2007

Je propose le goudron et les plumes pour tout ce petit monde.
Ca les enduira encore plus que leur ridicule.

Et on les reconduit à la limite de la ville sans espoir de retour.

'tain, on peut rêver quand même.

Arf!

Zgur

Écrit par : Zgur | 02/11/2007

@ Françoise : oui, Franz est un modèle indépassable. Total respect…
(D'autres ainsi ? J'aimerais bien. Mais je ne suis pas sûr d'être toujours inspiré… Chienne de vie.)

@ Zgur : je me porte candidat pour participer au commando. Et propose, plutôt que le goudron et les plumes, la tarte à la crème en pleine figure : heureux dsetinataire d'une biographie de Noël Godin, l'entarteur belge, il me vient des envies de faire dans le terrorisme pâtissier. FOG serait la victime idéale.
Gloup-gloup…

Écrit par : Le Charançon Libéré | 02/11/2007

salut le charencon

le "harcelement" de blog à blog et reglement de compte par blog interposés, Voila une nouvelle elegance... du journalisme... c'est très inédit :)

Triste, Pathetique ou les deux ?
AMICALEMENT T.D
http://www.travailleravecdescons.com

Écrit par : Tonvoisin | 03/11/2007

@ Tonvoisin : aussi triste que pathétique, tu as raison.
Mais il y a au moins un point rassurant : quand ils sont occuppés à se chercher noise par blougs interposés, au moins ils ne commettent pas d'éditos désolants de présomption. Déjà ça…

Écrit par : Le Charançon Libéré | 03/11/2007

le charançon respect!!
après tupac et BIG deux célèbre rappeur américain , maintenant il y a FOG et Barbier!
pauvre bardier , la mégalomanie nous fait descendre de la médiocrité vantarde à nullité pédante!!
encore bravo charançon , je" kif" à "donf "votre plume"

Écrit par : harouna touré | 04/11/2007

le charencon, il est vrai :) ca se tient :)
en fait ils s'echarpe(nt), est ce que c'est la faute a barbier :) allez hop un nouvel edito :)

Amicalement TD

Écrit par : tonvoisin debureau | 04/11/2007

@ Harouna Touré : merci beaucoup. :-)

C'est vrai que la comparaison tient avec Tupac et Notorious. Sauf que, si mes maigres connaissances ne me font défaut sur ce sujet, je crois bien que ces deux-ci se sont écharpés pour de vrai. Non ?

@ Tonvoisin debureau : "ils s'écharpent" ? Pas mal joué, total respect…

Écrit par : Le Charançon Libéré | 04/11/2007

exactement , l'histoire avec BIG et tupac finissent aussi tristement que ça avait commencé !!
la comparaison est valable pour ces deux qui "s'étripent " pour une histoire de vente "paquets"!!

Écrit par : harouna touré | 05/11/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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