Avertir le modérateur

14/11/2007

Exemple d'un journalisme sans concession : dans son combat antisocial, Le Figaro ne fait pas de détails.

medium_aaaaprop.jpg

 

 

C'est pas pour dire.

Ni pour dénoncer personne.

Mais…

(Ne le répétez pas à n'importe qui)

Je crois…

(Je dis bien, je crois)

Que sous couvert de rendre compte de tous les aspects du mouvement social.

Les médias font rien tant que montrer les aspects négatifs de la grève.

Et insistent beaucoup trop sur les usagers pris en otage.

Si, si…

 

La preuve.

Ces bougres de journaleux ne cessent de sortir les violons pour plaindre ces automobilistes obligés de polluer dix fois plus qu'à l'ordinaire dans les bouchons parisiens.

Pour s'apitoyer sur ces mémés contraintes de réenfourcher le vélo pour aller acheter du mou pour le chat.

Pour s'inquiéter de ces touristes choqués de voir des drapeaux rouges fleurir dans la ville.

Et pour plaindre ces laborieux travailleurs arrivant en retard au boulot. 

Bref : je me demande si certains journaux ne se foutraient pas un peu de notre gueule.

Quand même…

 

Comment ?

Ce n'est pas nouveau ?

Ah, bon.

Vous dites ?

La chose est régulièrement dénoncée depuis 1995 ?

Ah, bon.

Quoi ?

Le camarade Fontenelle a d'ailleurs produit hier un (excellent) billet sur le sujet ?

Ah, bon.

Pardon ?

Si je débarque de la Lune ?

Ah, non.

 

medium_aaaaqaiprop.gif

 

 

D'accord, d'accord : rien de neuf sous le soleil de novembre.

Mais j'imagine que vous parlez là des publications dites de gauche ou de centre.

Parce que le refrain est un peu différent pour celles qui sont clairement ancrées à droite.

Tenez…

Prenez Le Figaro, par exemple.

Là : pas de faux-semblants.

De biaisouille.

Ni d'enrobage du suppositoire.

Non : à la Une du Figaro, le combat antisocial s'affiche clairement.

Dans toute sa laideur.

Et nul ne peut reprocher à cette feuille de choux de cacher son jeu.

 

Pour vous dire…

Je serais lecteur régulier du Figaro.

(C'est une image)

Je crois bien que l'édition électronique de ce matin, 8 h, ne m'aurait donné qu'une envie.

Celle de voir l'Etat appeller l'infanterie de marine et les chars à la rescousse.

Histoire de mater un bon coup tous ces sales cochons de syndicalistes.

Qui ne cessent de prendre la France en otage en se foutant de la gueule du monde.

 

medium_aaatian.jpg

 

 

Donc : je serais lecteur du Figaro.

(Aarrgghhh… une image, je vous dis)

Et tranquillement assis en train de boire mon café matinal.

Je me serais un peu énervé en découvrant que les manifestants ont contre eux à peu près l'immense majorité du pays.

70 % des Français se disant "opposés à la grève".

Et réclamant au gouvernement de ne pas céder.

(Par contre, rien sur le recours à l'armée : ils deviennent mou du slip à Opinion Way, ou quoi ?)

 

Toujours sereinement posé sur mon fessier, je me serais ensuite à moitié ébouillanté avec le même kawa.

Avalant de travers en lisant cette excellente enquête sur les méthodes employées par les grévistes staliniens à l'encontre des jaunes qui ne sont pas convaincus par la justesse de leur combat.

Article tout en finesse et en retenue.

Sobrement titré "Si tu ne fais pas grève, on va te péter ta bagnole".

(Il semble que le journaliste ait hésité à intituler le papier "Si tu ne te joins pas à notre messe noire syndicale, on va violer tes enfants et tuer ta femme (ou l'inverse)", mais que papa Dassaut, dans sa grande manusétude, a décidé qu'il ne fallait quand même pas pousser mémé dans les orties, ni les cégétistes à la Seine…)

 

Donc : je serais lecteur du Figaro.

(Image, supposition, ellipse, métaphore, toussa-toussa…) 

Le café n'aurait pas encore tout à fait eu le temps de refroidir.

Que je me serais plongé avec délice dans le papier suivant.

Pour y découvrir que les responsables syndicaux de la RATP ont une étrange conception du combat social.

Et poussent les autres à monter au créneau.

Pour mieux compter pendant ce temps tous les billets de banque qu'ils ont engrangé pendant les jours de grève.

Les salopards…

 

Bref, je serais lecteur du Figaro.

(Oh, ça va, hein…)

Mon kawa serait maintenant tout à fait froid.

Et à l'heure de partir au boulot.

Je serais partagé.

Entre  la crainte de me faire défoncer la gueule au détours d'une rue par un commando de maoïstes enragés.

Et le désir de voir les CRS mater à grands coups de gazs lacrymos ces enfoirés de syndicalistes véreux qui font rien tant que faire chier l'immense majorité du peuple en tentant de protéger leurs petits avantages et grands profits.

Et je me sentirais tout à fait prêt à encourager une éventuelle répression en poussant de la voix et en clamant "Allez les Bleus"*.

Par exemple…

 

medium_acras.jpg

 

 

Mais bon.

Je ne suis pas lecteur du Figaro.

Et mon café, je le savoure en lisant Le Monde.

Et vous savez quoi ?

Je suis carrément enchanté d'y découvrir les meilleures façons de ne pas être pris en otage par les grévistes.

Ou les bonnes solutions pour passer outre le blocage des transports.

Sans déconner…

 

 

* : Merci à Françoise, de Republicae, pour avoir attiré mon attention fluctuante sur cette vidéo hallucinante.

Commentaires

Dagrouik nous apprend aussi comment faire pour ne pas subir une grève des transports : des DRH conseillent de poser des RTT ou des jours de congé sans solde ! Et pourquoi pas d'aller voir son médecin traitant afin d'avoir un congé maladie de complaisance ?
http://www.intox2007.info/index.php?post/2007/11/12/Greves%3A-les-RH-pro-Sarkozy-a-loeuvre

Écrit par : Dominique | 14/11/2007

Ah ces jounaleux du figa'sarkosy, ils n'y comprennent rien
Si nous les gros bras du syndicat,on intimide un peu les "jaunes" c'est dans leurs interets
Un pneu crevé ,une petite bousculade amicale,un petit jeu de mots pour se moquer amicalement,voila rien de bien méchant
Bon c'est vrai qu'il y a les salauds de casseurs de gréves,alors ceux la,faut pas les louper
Nous devons etre encore,un peu plus amicale avec eux et ne pas hesiter a leur montrer que l'on s'interesse de prés a eux,et nous sommes fiers de ramener dans le troupeau toutes les brebis galeuses,egarées,trompées par la direction qui honteusement exerce des pressions psychologiques sur les salariés
Nous denonçons vivement l'atitude anti democratique de la direction et du gouvernement,qui cherche l'affrontement,pour mieux tromper les travailleurs
Bon mais,c'est pas tout ça camarade,il faut savoir terminer une gréve,et ne pas laisser quelques juqu'oboutistes venir ternir cette lutte exemplaire
Viula,c'est a nous les gros bras de rappeler amicalement que le syndicat a décidé la fin de la lutte
ma file ira en vacanses au bord de la mer grace au syndicat,ma femme travail a la secu grace au syndicat et j'ai touché une petite enveloppe;;;;
Ceci est evdement totalement inventé et toute ressemblance avec des evenements passés ou present ,ne pourrait etre que fortuit

Écrit par : antimythe | 14/11/2007

@ Dominique : j'avais vu ça, c'est incroyable. Le grand règne du salarié jetable, maléable et corvéable à merci. Du moment que c'est pour le bien de la boîte…

@ Antimythe : il ne s'agit pas de contester l'existence éventuelle d'actes d'intimidation et de syndicalisme véreux. Pas une seconde : il est évident que ces choses-ci existent. Comme partout.

Ce qui me hérisse, c'est la décision de sortir ces papiers aujourd'hui précisement. Ce qui traduit soit une volonté de manipulation des lecteurs, soit une envie de flatter leur populisme et leur vision tronquée des choses.
Dans tous les cas, il s'agit de réduire un mouvement social à des phénomènes marginaux. Et donc de salir les revendications.

Cela ne me choquerait pas si c'était un article parmi d'autres, plus équilibrés, sur la journée de manifestation. Mais quand c'est le seul biais par lequel on propose de voir les choses, cela se résume à de la désinformation pure et simple.

Écrit par : Le Charançon Libéré | 14/11/2007

Ce matin, je suis passée comme chaque jour à la cellule stalinotrotskonorcoréomaoïste, pour aider les Kamaradestalinotrotskonorcoréomaoïstes à faire pleins de banderoles (rouges écrites en noir, avec des têtes de mort blanches) "À bas la bourgeoisie !" et "Les Stalinotrotskonorcoréomaoïstes au Pouvoir !" (Belles les banderolles ! Ça en jette !).

Mais au moment de partir, ce n'a été qu'un cri :

"Charançon ! Charançon !

Où que t'as encore mis les couteaux ? Tu sais bien qu'on ne sort jamais sans nos couteaux entre les dents !"

Comment voulez-vous qu'on nous prenne au sérieux... et qu'on fasse peur à Anthimite ?

Écrit par : Françoise | 14/11/2007

P.S Merci à toi pour le lien.

Écrit par : Françoise | 14/11/2007

A propos de l'usager de la grève "pris en otage", j'ai aussi particulièrement apprécié cet article :

http://www.relectures.org/spip.php?article6

Selon son auteur, qui s'appuie sur Roland Barthes, l'usager de la grève est un simple mythe, qui n'existe pas... la démonstration vaut le détour !

Écrit par : Charlie | 14/11/2007

De la même veine : question orientée dans la sens du manche sarkozien, posée ce matin par une 'journaliste' (je mets des guillemets pour la prendre avec des pincettes) de France Inter à une usagère qui expliquait paisiblement qu'elle allait devoir se lever plus tôt : " Vous êtes en colère ? "

Edifiant !

PS : je viens de découvrir votre site et je ne dirai qu'un seul mot : bravo !

Écrit par : Bracame | 14/11/2007

@ Françoise : excellent !

(Mais tu devrais savoir que les couteaux, c'est pour les petits joueurs. Depuis que j'ai réactivé des réseaux dormants des années 1970, je n'agis plus que par le biais du posage de bombes dans les lieux publics… Ça en jette plus et ça fait tellement plus "Stalinotrotskonorcoréomaoïstes"…)

Ps : c'est un plaisir.

@ Charlie : merci pour le lien, le site semble excellent. Je m'y plonge sérieusement ce soir, ça va chier !

@ Bracame : c'est carrément une rage sans nom et sans mesure qui l'étreint, cette brave dame. A la limite du pétage de plombs… Mouarf…
Vous avez raison, bientôt on demandera à ces pauvres usagers : "Vous ne pensez pas qu'on devrait leur couper les roubignolles, aux grévistes ?" Et les gens répondront oui… Bien obligé.
Ps : merci, c'est gentil. :-)

Écrit par : Le Charançon Libéré | 14/11/2007

matraquage mediatique - matraquage policier

bien faire rentrer la saloperie formatée dans les têtes

http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/

Écrit par : tgb-rue-affre | 14/11/2007

@ Françoise Comment voulez-vous qu'on nous prenne au sérieux... et qu'on fasse peur à Anthimite ?
je vous remercie de vous souciez de ma peur Françoise,,souffrez qu'en retour je me soucie de votre sérieux,dans l'action
si vous tenez votre couteau entre les dents,méfiez vous un dentier n'y resiste pas

Écrit par : antimythe | 14/11/2007

Je voudrais pas vous mettre le morale à zéro, mais quand je lis ça :

"Le gouvernement accepte les négociations par entreprise proposées par la CGT".

"Le président de la République est revenu sur le sujet en disant que le gouvernement était déterminé, mais en même temps que notre volonté n'était en aucun cas de bloquer et qu'on restait sur une volonté qui est une volonté de dialogue et de concertation avec l'ensemble des organisations syndicales", a rapporté à la presse du porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez."

Suivi de ça :

"Tout est négociable (...) dans les entreprises" en-dehors du passage à 40 annuités de cotisations en 2012, de l'indexation des pensions sur les prix et du principe d'une décote et d'une surcote "pour inciter les salariés à rester plus longtemps dans les entreprises", a ajouté M. Fillon."

Et bla et bla et bla...

http://www.20minutes.fr/article/194457/Politique-Le-gouvernement-accepte-les-negociations-par-entreprise-proposees-par-la-CGT.php

J'ai tout comme l'impression qu'on pourra ranger les banderoles...
(Je finis par penser qu'il n'y a pas plus de syndicats de gauche que de partis d'opposition).

Écrit par : Françoise | 14/11/2007

c'est quoi un pays ou y'a pas de greve ? Une republique islamique? une dictature communiste? un regime fasciste? Quelques heures de marches par an est ce si cher payer pour la democratie. Malgré 2 heures de marche pour rentrer chez moi apres une nuit de boulot, ce qui me coupe les jambes c'est la video des etudiants qui chantent la marseillaise, crient allez les bleus et applaudissent les coups de matraque
vive la greve et vive les courbatures

Écrit par : thc2 | 15/11/2007

J'ai eu le Figaro entre les mains dans le cadre d'une revue de presse avec mes stagiaires...
Ils ont choisi un article à propos de la rencontre franco-allemande sur l'immigration...
Donc tout ça pour dire que, dans le Figaro, ils parlent de "l'immigration dite musulmane" qui poserait des problèmes...
Pourtant dans un pays laïque, on s'en tape de la religion des gens, non?
Ah M**** j'oubliais on est bien en Sarkozie....

Ps: petite dédicace chez moi...
à+

Écrit par : skalpa | 15/11/2007

@ Tgb : à force de taper, ça finira bien par rentrer…

@ Antimythe : pas très classe, le coup du dentier. Vous qui passez votre temps à regretter chez les autres ce que vous estimez être de basses attaques, vous auriez pu vous dispenser de celle-ci.

@ Françoise : "Je finis par penser qu'il n'y a pas plus de syndicats de gauche que de partis d'opposition."
C'est tout le problème de ces formations institutionnelles, si bien installées depuis des années qu'elles n'ont rien à gagner au grand bouleversement qu'elles prétendent incarner.

@ Thc2 : "Malgré 2 heures de marche pour rentrer chez moi apres une nuit de boulot, ce qui me coupe les jambes c'est la video des etudiants qui chantent la marseillaise."
Chut, malheureux ! Il ne faut jamais avouer quelque chose comme ça ! Reconnaître que les petits désagréments d'un mouvement social ne pèse pas si lourds que ça ? Que les usagers peuvent aussi se déplacer à pied ? Mais enfin : dans quel monde vivez-vous ? :-)

@ Skalpa : exactement. Mais pas vraiment dans l'ère du temps. La preuve avec ce billet du journaliste jean Quatremer qui conte comment Sarkozy pète une durite en parlant d'immigration musulmane : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2007/11/sarkozy-et-les-.html

Ps : merci pour la dédicace. j'aime beaucoup. Rave générale, bordel !

Écrit par : Le Charançon Libéré | 15/11/2007

A propos de pétage de plomb du Petit Monier, je recommande la lecture de l'encadré du dernier Canard : Barnier se fait traiter devant une assistance nombreuse de "limande", juste après l'exploit du Zorro face aux marins pêcheurs. Que Barnier ne soit pas tout à fait du genre à mettre ses couilles en avant et à vouloir défier un gros bras de la CGT usant de langage peu châtié, c'est une évidence, mais je vois mal beaucoup d'anciens présidents qui aient pu humilier leurs ministres devant un parterre quelques minutes après une intervention médiocre et bafouillante. Si Mitterrand ou de Gaulle ou même Chirac ont pensé que certains étaient des cons ou des incapables, ils le disaient en privé et ils prenaient ensuite une décision pour éliminer discrètement la personne en lui permettant de se recaser, mais ils ne le manifestaient pas de manière spectaculaire. Il y a une sorte de volonté d'abaissement des autres chez ce personnage, parce que si Barnier est si nul et si terne qu'il le dit pourquoi devrait-il le conserver comme ministre et le donner comme une sorte de contre-exemple de son propre rôle ? Cela relève de la pathologie plus que de la stratégie... Je n'ai pas de sympathie particulière pour Barnier qui ne m'inspire rien, mais franchement je me dis qu'il a juste affaire à un petit chef de bureau ou d'atelier se livrant à du harcèlement moral...

Écrit par : Dominique | 15/11/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu