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27/12/2007

Pour certaines entreprises norvégiennes, c'est crève ou évolue... Preuve qu'il n'y a pas de fatalité face à la toute-puissance du marché.

 

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C'est la petite musique néo-libérale.

Et elle a définitivement pris racine dans nos inconscients.

A tel point qu'ils ne sont plus très nombreux.

Ceux qui contestent le refrain chantant la toute-puissance des entreprises.

Et l'incapacité des Etats à les réglementer.

A les contraindre.

Et à les obliger.

 

Vous en doutez ?

C'est pourtant toujours la même chose.

Qu'il s'agisse de protester contre les incroyables plus-values réalisées par les entreprises du Cac 40.

(Soupir résigné...)

De dénoncer le poids excessif d'actionnaires obnubilés par la rentabilité.

(Haussement d'épaule fataliste...)

De s'insurger contre les salaires et avantages que s'octroient certains dirigeants.

(Moue désabusée...)

Ou de regretter la vision purement comptable et financière des entreprises qui font le choix de la délocalisation.

(Molle désapprobation sans conviction...)

A chaque fois, l'indignation de façade ne sert qu'à masquer l'impuissance revendiquée.

Comme si le monde actuel ne laissait aucune latitude aux Etats.

Forcés de laisser faire.

De rester passifs.

Et d'en prendre leur parti.

 

Et ?

Mensonge !

(Bien entendu.)

Tant l'aveu d'impuissance ne traduit rien d'autre que l'acceptation enthousiaste du credo libéral.

Qui veut que l'entreprise soit reine.

Et son contrôle aussi malvenu qu'improductif.

 

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Heureusement.

Certains de nos camarades européens ne se privent pas de nous rappeller à l'occasion combien la petite musique des marchés n'est pas une fatalité.

Et s'échinent à prouver qu'une régulation est encore possible.

A l'image des Néerlandais.  

Fichus gauchistes qui avaient décidé en septembre dernier de limiter les rémunérations des patrons.

Ou plus récemment des Norvégiens.

Satanés marxistes qui n'ont rien trouvé de mieux que d'obliger les 480 sociétés anonymes du pays à féminiser leur conseil d'administration, conte aujourd'hui Le Figaro.fr.

Qui ne sait s'il doit s'étouffer ou applaudir devant cet exemple réussi d'entorse à la sacro-sainte liberté des marchés.

 

Comment ?

Vous dites ?

Il n'y a là rien de très révolutionnaire ?

C'est vrai.

Ce n'est (même si c'est déjà beaucoup) rien d'autre que la preuve de l'importance qu'attachent les pays nordiques à la parité homme-femme ?

C'est encore vrai.

Il n'y a pas là de quoi bouleverser l'ordre économique ?

C'est toujours vrai.

Sauf que...

 

Sauf que vous négligez un point essentiel.

Soit la façon dont les Norvégiens ont contraint ces entreprises à changer.

Pour cela, ni conciliation.

Ni ton compréhensif.

Ni vague incitation.

Non : les Norvégiens y sont allés carrément.

Recourant sans hésiter à l'arme absolue.

 

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Oui : rien de moins que la menace de la dissolution.

"Unique en Europe, une loi adoptée par le Parlement d'Oslo oblige les entreprises du pays à accorder aux femmes 40% des sièges de leurs conseils d'administration. Les compagnies réfractaires ont jusqu'au 1er janvier pour s'y conformer. Sous peine d'être dissoutes !", explique le journal des patrons, qui visiblement n'en revient pas.

"La voie choisie par la Norvège est « radicale », reconnaît volontiers sa ministre de l'Égalité et de la Famille, Manuela Ramin-Osmundsen. Mais, selon les gouvernements qui se sont succédé aux affaires depuis six ans, c'était le seul moyen de faire avancer les choses. « Beaucoup de gens, reprend la ministre travailliste, disent que les entreprises doivent avoir une liberté totale, que le processus doit être volontaire. Mais on voit que ça ne marche pas. Quel autre pays a d'aussi bons résultats que la Norvège ? »", poursuit le quotidien de Dassault.

Radical, en effet.

 

Je ne sais pas pour vous.

Mais ça me met un peu de baume au coeur.

De constater que, face aux entreprises, le recours au bâton n'a pas tout à fait disparu.

Et je me prends à rêver d'un gouvernement qui déciderait de mettre les grandes entreprises au pas.

En agitant la menace d'une dissolution des conseils d'administration.

Histoire de faire taire enfin cette petite chanson néo-libérale.

Qui fait rien tant que chanter les vertus du marché.

En prétend qu'il n'existe nul moyen de pression pour lutter contre ses déréglements.

 

Y a pas : ils ont la classe, ces Norvégiens.

Pour des gauchistes...

 

Commentaires

Bon, on va en Norvège en attendant que le petit Grand Pharaon boive le bouillon ?

Tiens, y a pas que les politiques Norvégiens qui pensent que si on veut on peut. Le Medef (qui veut qu'on travaille plus sans s'arrêter, ni gagner plus) aussi, quand il veut "Lui" il peut. Mââme Lolotte siffle et Hop ! Le grand petit Toutou obéit...

"Le gouvernement vient de rendre public les projets de décret concernant les régimes spéciaux de retraites. Sans surprise, ceux-ci alignent les régimes spéciaux sur le régime de la fonction publique avec un passage à 40 annuités de cotisation. Mais le gouvernement fait encore plus fort. Il indique que la durée de cotisation va être encore augmentée pour passer à 41 annuités en application de la loi de 2003. Or la loi de 2003 ne prévoit aucune automaticité en la matière puisqu’un rendez-vous est fixé en 2008 pour en discuter, cette discussion devant théoriquement porter aussi sur les autres éléments constitutifs du système de retraite.

Le gouvernement a donc décidé d’anticiper ce rendez-vous et de vider la négociation de tout contenu en décidant le passage à 41 ans de cotisation pour les régimes spéciaux, et ce alors même que la question des retraites fait partie de « l’agenda social » du président de la République. Ce comportement, par lequel le gouvernement ne respecte même pas son propre calendrier, est la preuve du mépris profond dans lequel il tient les organisations syndicales. Profiter de la période des fêtes pour essayer de prendre en catimini ce type de décision montre l’importance que le gouvernement accorde au dialogue social.

Il démontre ainsi que derrière la remise en cause des régimes spéciaux, c’étaient les retraites de tous les salariés, du privé comme du public, qui étaient visées."

http://www.solidaires.org/article17161.html

Écrit par : Françoise | 27/12/2007

[HS] et jetable

typo :

« (...) rénumérations des patrons. » :


réMUNÉration.

(pas du tout la même racine).

Écrit par : furax | 27/12/2007

Waouh ! Ils ont fait fort, les Nordiques. Et toi, Charançon qui rechignait à te rendre en Scandinavie il y a encore quelques jours. Heureusement que les Norvégiens ont découvert ton talon d'Achille.

Le Figaro a-t-il eu le cran de dire que c'est inadaptable en France ? Que le modèle étranger peut pas marcher pour nous ? Et d'encourager Sarkozy dans sa politique ? J'imagine que si ce n'est déjà fait, ça ne tardera pas. Le tandem Dassault-Mougeotte devrait réussir à faire des étincelles.

N'empêche, le féminisme nordique est parfois assez extrême dans son expression et omniprésent : en plus de cette rigolote mesure, j'ai découvert en Suède dans le musée d'art moderne de Stockholm un compteur sur la parité dans les oeuvres exposées. Force est de reconnaître que ça marche quand même sacrément mieux qu'en France où on en est toujours à infliger des amendes aux partis qui ne respecte pas ladite parité aux élections.

Écrit par : Redolegna | 27/12/2007

@ Françoise : trop froid pour moi, la Norvège (comme je l'expliquais l'autre jour à Redolegna, qui pensait que mes origines vosgiennes m'avaient immunisé contre les glaciations. Alors que pas du tout...)
Non : il faudrait trouver un pays où nul populiste, nul démago n'est au pouvoir, ni n'est susceptible de le prendre. Ce n'est pas gagné...

Pour la durée de cotisation, tu imagines bien que ma joie de voir le gouvernement se montrer aussi lâche et de peu de foi qu'on pouvait le supposer me comble de joie. Profiter de la trêve des confiseurs : y a pas, c'est pas mal classe comme procédé.

@ Furax : merci, je vais corriger de ce pas. Je ne sais pas pourquoi, mais je me trompe toujours en l'écrivant.

@ Redolegna : un jour, peut-être, j'irai affronter les frimas nordiques. Mais je ne me sens pas encore prêt...

"Le Figaro a-t-il eu le cran de dire que c'est inadaptable en France ?"
Rien de tout ça. Ils l'ont joué comme si de rien n'était. Ni pour, ni contre, juste complétement stupéfait qu'on puisse mettre cela en oeuvre.

"un compteur sur la parité dans les oeuvres exposées"
Là, ça me semble un peu tiré par les cheveux. Quand même...

Écrit par : Le Charançon Libéré | 27/12/2007

Je ne dis pas le contraire. Il y avait même une précision : le musée était désolé de ne pouvoir présenter autant d'artistes femmes qu'hommes à mesure qu'on remontait dans le temps.

Écrit par : Redolegna | 27/12/2007

Jolie révolution.
Mais vu qu'ici on a raté une occasion en 1989, il ne nous reste plus qu'à attendre 2089.
Plus que 82 ans...

A moins qu'on s'impatiente avant.

Écrit par : V pour... | 28/12/2007

@ vendetta:
d'après Marianne, y aurait moyen d'avoir une révolution en 2008...
C'est ce que j'ai cru comprendre d'après leur couverture:
"1640-2008 comment naissent les révolutions"
Moi, je vais lire mais peu convaincu...
Révolution=rève révolu?

@ Charançon:
ispèce de gôchiste, va!

Écrit par : skalpa | 28/12/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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