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03/04/2008

Grâce au capitalisme mondialisé, on est tous l'immigré de quelqu'un. Hein, Alain ?

 

 

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Bordel…

C'est toujours comme ça.

Tu penses être tranquille chez toi.

Peinard.

A la fraîche.

Décontracté du gland.

Et dégagé de toute obligation blouguesque pour quelques jours encore.

Et vlan !

Il tombe une info si risible.

Pathétique.

Et incroyable.

Que tu n'as d'autre choix que de réendosser le harnais.

Histoire de pousser ta petite beuglante dans le désert.

Bref : au boulot ! 

 

Ne nous leurrons pas, les aminches : c'est aussi ce qui rend notre époque si passionnante.

Cette capacité à nous surprendre.

Quand on pensait avoir tout vu.

A nous indigner.

Quand on pensait avoir touché le fond.

Et à nous réveiller.

Quand on pensait avoir tout accepté.

En un mot, cette question revient toujours, sonnant comme un réveil : diantre, mais jusqu'où iront-ils ?

Les saligauds…

 

Ainsi d'Alain Leclercq, infortuné salarié d'une petite PME lilloise et en instance de licencement. 

Ouvrier à qui son patron a gentiment proposé une alternative de reclassement. 

(Preuve qu'il en est des attentionnés, hein…)

Soit un CDI au Brésil, payé la jolie somme de 315 €.

(Oui : par mois… Mais on ne sait pas si les tickets restos sont compris.)

Ou un contrat tout aussi indéterminé en Turquie, rémunéré à hauteur de 230 €.

(Oui : par mois aussi… Mais on sait pas si le treizième mois est payé sous forme de chocolats ou de dragées fucas.)

 

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Et ?

Ce qu'a choisi Alain, des chaudes contrées du Brésil ou des riantes plaines de la Turquie ? 

Rien.

Il n'a rien choisi, le bougre. 

L'outrecuidant père de famille a refusé.

Arguant de raisons toutes plus évasives les unes que les autres, listées dans une interview au bloug de Libé Lille.

 

Ces justifications ne sauraient faire écran : Alain est un mauvais salarié.  

Incapable de saisir les opportunités qu'on lui offre sur un plateau. 

Et assez idiot pour ne pas voir que c'était là l'occasion rêvée de découvrir d'autres façons de vivre et de travailler.

Bref : ce paresseux méritait bien de se faire licencier.

Bon débarras !

 

Au fond, ce n'est pas Alain qui m'intéresse.

(Et partant : vous non plus.)

Non plus que son patron.

(Dont il s'agit juste de savoir ce qu'on en fera, le grand soir venu : le pendre par les oreilles ou simplement émasculer le peu de virilité qu'il lui reste.)

Le vrai débat est ailleurs.

Et ne s'articule qu'autour d'une bête question de temps.

Celui qu'il nous reste avant que de tels foutages de gueule ne deviennent une règle absolue.  

Avant que les usages du capitalisme mondial le plus débridé ne président défintivement à nos destinées à tous.

Avant que patrons et actionnaires n'aient débarrassé leur conscience des maigres traces de pudeur qu'il pouvait leur rester.

Et avant que salariés indiens, français, brésiliens ou turcs ne se retrouvent une fois pour toute sacrifiés sur le même autel, celui du profit à tout prix.

En un mot : avant que nous ne devenions tous des Alain.

 

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Je ne sais pas pour vous.

Mais je dirais que c'est l'affaire de quelques années.

Tout au plus…

En gros : je ne donne pas cher de notre peau.

 

Mais à quelque chose, malheur est bon.

(Si, si…)

Tant on peut espèrer qu'un jour, même nos compatriotes les plus obtus comprendront qu'ils partagent une communauté de destin avec ceux qu'ils se plaisent à considérer comme un danger ou un concurrent. 

Alors qu'ils sont juste les mêmes rameurs d'une même galère.

Et (puisqu'on parle immigration), je ne résiste pas au plaisir de vous balancer quelques lignes de L'Insurrection qui vient, bouquin du Comité Invisible paru aux éditions La Fabrique et dont je ne saurais trop chaudement vous recommander la lecture.

Donc :

"Un éclat de rire déflagrant, c'est la réponse ajustée à toutes les graves questions que se plaît à soulever l'actualité. Pour commencer par la plus rebattue : il n'y a pas de question de l'immigration. Qui grandit encore là où il est né ? Qui habite là où il a grandi ? Qui travaille là où il habite ? Qui vit là où vivaient ses ancêtres ? Et de qui sont-ils, les enfants de cette époque, de la télé ou de leurs parents ? La vérité, c'est que nous avons été arrachés en masse à toute appartenance, que nous ne sommes plus de nulle part, et qu'il résulte de cela, en même temps qu'une inédite disposition au tourisme, une véritable souffrance. Notre histoire est celle des colonisations, des migrations, des guerres, des exils, de la destruction de tous les enracinements. C'est l'histoire de tout ce qui a fait de nous des étrangers dans ce monde, des invités dans notre propre famille (…). Nous avons été expropriés de notre langue par l'enseignement, de nos chansons par la variété, de nos chairs par la pornographie de masse, de notre villes par la police, de nos amis par le salariat. A cela s'ajoute, en France, le travail féroce et séculaire d'individualisation par un pouvoir d'Etat qui note, compare, discipline et sépare ses sujets dès le plus jeune âge, qui broie par instincts les solidarités qui lui échappent afin que ne reste que la citoyenneté, la pure appartenance fantasmatique à la République. Le Français est plus que tout autre le dépossédé, le misérable. Sa haine de l'étranger se fond avec sa haine de soi comme étranger (…). Nous en sommes arrivés à ce point de privation où la seule façon de se sentir Français est de pester contre les immigrés, contre ceux qui sont plus visiblement des étrangers comme moi. Les immigrés tiennent dans ce pays une curieuse position de souveraineté : s'ils n'étaient pas là, les Français n'existeraient peut-être plus."

 

Voilà : tous enfants de rien et de nulle part.

C'est bien la seule morale positive à tirer de ce qui arrive à Alain. 

Il ne reste plus qu'à espérer que ces salopards qui composent l'opinion finissent un jour par le comprendre.

 

Et puisqu'il faut bien les y aider : 

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PS : ceux qui aiment manifester au son de la tekno devraient être enchantés de savoir que des sons participeront à la manifestation.

Histoire de danser pour une bonne cause.

 

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PPS : au fait, les aminches : coucou à tous !

 
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