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25/01/2008

Rétention de sûreté ? La commission des lois est passée par là : youp-là-boum, on est sauvé ! Sans déconner...

 

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Je ne sais pas si vous avez remarqué.

Mais c'est un véritable soulagement général.

Une grande bronca de sourires rassurés. 

Et un joyeux concert de bouches en coeur. 

Qui viennent de saluer les conclusions de la commission des lois du Sénat sur le projet de loi de rétention de sûreté.

 

Ben oui : on est sauvé.

Ouf... 

Il a suffi pour cela que la commission nuance un chouia le texte de Rachida Dati, avant son examen la semaine prochaine par la haute assemblée.

Pour que (presque) tous les médias saluent unanimement les correctifs apportés.

Et entonnent un vaste cocorico, soulignant combien le texte perdrait ses dispositions les plus criticables.

 

Tout le monde est content ?

Oui (nous dit-on).

En expliquant qu'il n'y aurait plus de quoi trembler devant une loi dont le but était d'instituer la détention arbitraire et de mettre à bas les principes les plus essentiels du droit français.

A commencer par ceux de non-rétroactiovité de la loi pénale plus sévère.

Et de la légalité des délits et des peines, disposant qu'on ne peut être condamné qu'en vertu d'un texte pénal précis et clair.

En un mot : nullum crimen nulla pœna sine lege.

(Je sais : ça pète...)

 

La mobilisation a payé (nous dit-on).

En ajoutant que la majorité, par l'intermédiaire de la commission des lois du Sénat, fait lourdement machine arrière.

En un mouvement de recul si flagrant qu'il constituerait une tranchante défaite pour la ministre de la Justice.

Des exemples ?

A foison :

Les sénateurs corrigent sérieusement le projet de loi Dati sur la rétention de sûreté, annonce glorieusement Le Nouvel Obs.fr.

La commission des lois du Sénat désavoue Dati, chantonne Le Figaro.fr.

Tandis que 20 Minutes.fr constate joyeusement que Rachida Dati se fait recadrer sur la rétention de sûreté

Que France Info annonce en fanfare un Nouveau revers pour Rachida Dati.

Et qu'Agora Vox s'enflamme sévère en notant que Le Sénat vide la loi de rétention de son contenu.

Rien que ça... 

 

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Bref : à lire les titres, on pourrait penser que le projet de loi s'est fait salement démoustiller la tronche.

Et littéralement exploser le coquillard.  

Alors que...

En fait... 

Non.

Mais alors... 

Pas.

Du.

Tout.

A tel point que c'est même tout l'inverse.

 

Dans les faits, ainsi que le souligne Libération (pour une fois à la hauteur), la commission des lois n'a fait qu'ôter au projet de loi son caractère le plus illégal.

Tant seul un débile profond pouvait imaginer que le Conseil constitutionnel laisserait passer une disposition aussi clairement anti-républicaine que celle de la rétroactivité de la peine.

Camouflet si évident pour les principes de l'Etat de droit que même Rachida Dati n'a pas dû y croire une seule seconde. 

"On a l’impression que les sénateurs ont juste essayé de trouver une astuce, non pas pour supprimer la dimension liberticide du texte, mais simplement pour empêcher qu’il soit censuré par le Conseil constitutionnel", constate ainsi Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature.

Voilà : "une astuce".

Un banal chiffon rouge.

De la poudre aux yeux. 

Et un habile moyen pour camoufler un fait évident : une bonne partie du projet n'a pas subi la moindre correction.

 

Ce qu'il reste ?

L'essentiel.

Soit le maintien de la détention arbitraire pour les auteurs de crimes à venir (à condition qu'ils soient condamnés à au moins 15 ans de réclusion et une fois qu'ils auront purgé leur peine), « lorsqu'ils restent particulièrement dangereux et présentent un risque très élevé de récidive ».

Et la mise en place (pour ceux qui ont été condamnés avant la promulgation de la loi) d'une assignation à domicile avec port du bracelet électronique, pour une durée toute aussi arbitraire et indéterminée. 

Bref : rien de changé sous le soleil.

Pour un projet de loi qui reste toujours la négation du droit le plus élémentaire.

Ainsi que Patrick Marest, délégué national de l’Observatoire international des prisons, le souligne, toujours dans Libération : "La rétention de sûreté, parce qu’elle ouvre la possibilité d’une relégation éternelle et assujettit la liberté individuelle à l’arbitraire d’un pronostic, constitue un renoncement aux valeurs qui fondent notre tradition humaniste".

 

"Désavouée", Rachida Dati ?

Mon oeil. 

"Vidée de son contenu", la loi sur la rétention de sûreté ?

Mon cul.

Faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des abrutis.

Juste pour un moment... 

 

24/01/2008

L'entrisme révolutionnaire revient au goût du jour. Les banques n'ont qu'à bien se tenir...

 

« Je développai en 1935, dans des lettres à mes amis belges l'idée qu'un jeune parti révolutionnaire qui tenterait de créer « ses propres » syndicats irait au suicide. Il faut aller trouver les ouvriers là où ils sont.

- Mais c'est cotiser pour l'entretien d'un appareil opportuniste ?

- Évidemment, répondais-je, le droit de saper les réformistes, il faut le leur payer.

- Mais les réformistes ne nous permettront pas de faire contre eux un travail de sape ?

- Évidemment, répondais-je encore, le travail de sape exige quelques précautions conspiratives. »

                                                        Trotsky, Leur morale est la notre.

 

 

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Dites-moi ?

Vous êtes des lecteurs instruits et cultivés, n'est-ce pas ?

Je me disais aussi...

 

Donc : nul besoin de revenir sur l'un des faits les plus célèbres de la mythologie grecque ?

L'histoire du Cheval de Troie, vous connaissez par coeur ?

Diantre, j'en étais sûr...

 

Et puisque vous êtes si malins, je suis sûr que vous voyez où je veux en venir ?

Oui ?

Mince, je le craignais...

Mais je vais quand même faire semblant de rien.

Histoire d'avoir quelque chose à raconter aujourd'hui.

 

Reprenons.

Les faits se déroulent en un autre temps, pendant la Guerre de Troie, ville que les Grecs tentent désespérement de faire tomber.

Et qu'ils échouent à prendre depuis une dizaine d'années. 

Pressés de rentrer chez eux et un brin excédés de ne pas réussir à emporter le morceau, les assiégeants décident de jouer au plus fin.

Construisent un immense cheval de bois.

Et l'offrent gentiment aux Troyens.

Lesquels, fatigués et abêtis par les privations du siège, acceptent le cadeau sans se méfier. 

Font rentrer l'offrande en ville.

Décident de fêter ça en se bourrant conscieusement la gueule.

Et...

 

Et ?

(Ben alors : je croyais que vous connaissiez l'histoire par coeur...)

Et une fois les Troyens assommés par l'alcool et le sommeil, les soldats dissimulés à l'intérieur du cheval, en l'occurrence Ulysse et une dizaine de potes à lui, sortent de leur cachette. 

Ouvrent les portes de la ville.

Font rentrer l'armée grecque.

Tout ce beau monde se livrant alors, dans la joie et la bonne humeur, à un massacre mené dans les règles de l'art.

Style ça :

 

 

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Un épisode de la Mythologie resté à la postérité comme l'ancêtre des ruses de guerre.

Premier d'une longue série de pièges, trahisons et coups fourrés.

A laquelle les trotskistes donnèrent, au 20e siècle, un nouveau lustre en inventant l'entrisme et le sabotage révolutionnaires. 

Soit cette idée qu'il faut faire partie du système pour pouvoir le comprendre et l'amadouer.

Avant de le détruire corps et biens.

 

Soyons francs : cette stratégie n'a jamais été couronnée d'autant de succès pour les révolutionnaires qu'elle ne l'avait  été pour Ulysse.

Et les timides tentatives d'intégrer les partis réformistes, les chaînes de montage bourgeoises ou les arcanes du pouvoir pour y introduire la petite graine du Grand Soir se sont révélées peu productives.

Si ce n'est complétement décevantes.  

Du moins...

Elles l'avaient été jusqu'à présent.

Et jusqu'à cette annonce sidérante du grand ponte de la Société Générale, Daniel Bouton, qu'un employé du front office a réussi à faire perdre 4,9 milliards d'euros à sa banque en tout juste un an.

Ce qui, quand on y réléchit (et même si on s'en abstient), fait quand même une sacré somme.

Et un putain de paquet de fric.

 

 

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On ne sait pas grand-chose du responsable de ces pertes astronomiques.

Si ce n'est qu'il a une trentaine d'années.

Qu'il était "opérateur de base dans une salle de marché".

Qu'il aurait "agi seul, en réussissant à échapper à toutes les procédures de contrôle".

Qu'il serait "extraordinairement intelligent".

(En même temps, je vois mal la Société Générale avouer que c'est le dernier des crétins qui a réussi le plus grand sabotage financier de tout les temps… ça la foutrait encore plus mal...)

Et que "ses motivations sont totalement incompréhensibles".

 

Hein ?

"Totalement incompréhensibles" ?

Mon oeil : la vérité, je la connais.

Cet opérateur de base est juste le premier d'une longue série.

Précurseur de plein de petits rouages du monde de la finance qui, peu à peu, vont faire plonger le capitalisme mondial.

Jusqu'à causer, de l'intérieur, sa destruction pure et simple.

Le temps des saboteurs est revenu.  

On parie ?

 

 

PS : je sais, je m'emballe un peu.

Mais bon : je n'avais pas grand-chose à dire...

Et plutôt que vous gausser de l'inconsistance de ce billet, vous feriez mieux d'apprécier l'effort à sa juste valeur, celui d'un rescapé de la douce torpeur des Tropiques peinant à se remettre au goût du jour.

Alors, hein ? 

 

PPS : s'il y avait, parmi mes honorables lecteurs, des "opérateurs de base" du Crédit Lyonnais, du Crédit Mutuel, de la Banque Populaire, de l'American Express Bank, de BNP Paribas, de la Banque de France, de la Compagnie financière de Rothschild ou de Groupama (entre autres, bien entendu), qu'ils se signalent dans les commentaires : j'ai une proposition à leur faire...

 

23/01/2008

Sur les plages de sable blanc, les sbires du sinistre Hortefeux "éloignent" avec zèle. Le paradis tropical n'en est pas un pour tout le monde...

 

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Coucou ! 

Hop : les affaires reprennent.

Et le Charançon repart comme en 40.

La fleur au fusil et les antennes fièrement dressées.

 

Remarquez : ce n'est pas de gaieté de coeur.

Tant je n'avais pas vraiment envie de rentrer en métropole.

Parce que, bon...

Mayotte, hein...

C'est quand même plutôt enchanteur comme coin.

Style ça :

 

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Ça :

 

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Ou ça :

 

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Oui : un vrai petit paradis.  

Où on se sent très loin de notre bateleur en chef.

De ses vassaux médiatiques.

Et de ses tristes séides ministériels.

Bref : un salutaire bol d'air loin du régime sarkozyste.

 

Enfin...

Un bol d'air...

Pas tout à fait non plus.

Parce qu'il n'y a pas, à Mayotte, que les plages de sable blanc ou noir. 

Les fonds marins luxuriants.

Et la vie douce sous le soleil de l'Océan Indien.  

Non, il y a ça aussi :

 

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Soit des clandestins qui arrivent par centaines chaque semaine, en provenance des autres îles de l'archipel des Comores.

Et les naufrages réguliers de frêles embarcations surchargées, affrêtées par des passeurs sans scrupules.

 

Ainsi que ça :

 

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Soit la pression constante des forces de l'ordre, quotidiennement sur le pont pour des opérations de contrôles d'identité, des rafles et des ratissages en pagaille.  

Histoire de mettre la main sur les clandestins.

Et de les renvoyer goûter à la pauvreté des îles qu'ils ont quittées.

Bref : cadre enchanteur ou pas, la police française y abat sa sinistre besogne.

 

Et n'allez pas croire que les forces de l'ordre se laissent adoucir par la chaleur tropicale. 

Pas plus que par les ravissantes mahoraisesou par la gentillesse des locaux.

Pour tout dire, ça serait même plutôt l'inverse.

A tel point qu'il est étonnant que Brice Hortefeux n'ait pas encore décoré l'ensemble des policiers et gendarmes stationnés sur place pour services rendus au ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.

Tant ceux-ci ne chôment pas.

Et participent activement à la politique du chiffre voulue par Nicolas Sarkozy.

 

Quoi ?

Si je n'exagère pas un brin ?

Ben... vérifiez par vous-mêmes : Mayotte, petite île de 186 452 habitants, a vu l'expulsion en 2007 de 13 253 clandestins.

Un chiffre à mettre en regard avec les 23 à 24 000 "éloignements" revendiqués par Hortefeux pour la métropole sur la même période. 

Oui : quand même...

 

Un "high score", comparable à celui réalisé en Guyane (9 700 explusions), qui s'explique en partie par les pouvoirs spéciaux accordés aux forces de l'ordre dans les Dom-Tom pour lutter contre l'immigration clandestine.

"Les expulsions dans les Dom-Tom obéissent à des règles et pratiques spécifiques. Le gouvernement justifie ce statut dérogatoire par la pression migratoire plus élevée qu’en métropole. Les garanties juridiques y sont moindres : possibilité accrue des contrôles d’identité sans motif, absence de recours suspensif, etc. Les conditions matérielles de rétention sont indignes : à Mayotte, par exemple, les personnes retenues prennent leur repas deux fois par jour dans une gamelle commune posée à même le sol, dans un centre constitué de deux pièces nues. La faiblesse des garanties des droits des personnes et les pratiques d’expulsions expéditives expliquent l’ampleur des chiffres", commente ainsi Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade, dans une chronique livrée à l'Humanité.

Avant de s'interroger : "Comment accepter que la République, s’affichant comme une et indivisible, tolère que les garanties et les droits essentiels de tout un chacun soient au rabais dès lors qu’il s’agit de territoires d’outre-mer ?"

Une bonne question.

Nul doute que Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux ont la réponse.

Non ?

 

 

PS : une première mouture de ce billet, publiée vers midi et dans laquelle je m'étais emmêlé les pinceaux, est passée à la trappe. Merci à Dominique, du très bon Petit Champignacien Illustré, pour m'avoir évité de raconter trop de bêtises.

Que voulez-vous ? La reprise est difficile...  



PS : mes plus plates excuses pour l'interruption, bien involontaire, de ce bloug pendant presque tout le mois de janvier. Cela ne se renouvellera pas, tudieu !

Et merci à tous ceux qui m'ont souhaité de joyeuses vacances. Votre gentillesse et votre fidélité regonflent mon petit coeur de cloporte.

Enfin, des remerciements particuliers à Lémi, de l'Observatoire National du Kitsch, pour avoir assuré l'intérim avec brio et talent. 

 

08/01/2008

Confronté à la nullité technologique des pays tropicaux (bande d'arriérés !), le charançon abdique dans la douleur, pour mieux revenir (prochain billet le 21).

 

 Il a tout essayé, ce brave charançon.

Quasi mis à feu et à sang son petit paradis tropical . 

Toqué à toutes les portes.

Importuné les élus locaux et les journaleux du coin. 

Il a même été jusqu'à faire passer une petite annonce dans le journal du coin ("homme désespéré cherche connexion Internet à louer pour quelques heures. Accepte toutes offres. Prix d'or.")  

Et ... 

Il a dû lâché l'affaire.

Pas une seule connexion potable sur cette île de dégénérés. 

Pas moyen de mettre en ligne le moindre petit billet.

Même pas la possibilité de simplement prévenir ses aficionados d'une absence qui risquait de se prolonger. 

 

Alors, la mort dans l'âme, il a dû faire appel à son abruti de frère resté en métropole.  

Lui a refilé ses identifiants de connexions ("c'est mon sang que je te donne, n'oublie pas. Sois en digne !").

L'a saoulé de recommandations diverses et variées ("ils n'aiment pas qu'on les brusque, mes lecteurs. Sois doux et lyrique avec eux. Dis leur que je reviens bientôt et que je leur mitonnerai des billets si croustillants et percutants qu'ils me pardonneront illico cette absence...")  

"Surtout, dis leur que je les aime" a t'il une dernière fois hurlé au téléphone, avant que je raccroche.

Puis il a commencé à prier pour que son arriviste de frère sans scrupules ne commence pas à semer l'anarchie en terre charançonienne. Ne profite pas de son absence pour prendre sa place.  

 

Perso, j'ai hésité. L'idée était tentante (Calife à la place du calife ? Mazette...).  

Mais j'ai dû stopper là ce doux rêve. Je savais ne pas pouvoir être à la hauteur. Que la supercherie serait vite éventée. Et que des milliers de lecteurs courroucés me demanderaient des comptes.

Ce bloug est donc en repos forcé jusqu'au 21.  

Soyez courageux... 

 

LA FRATERNELLE BLATTE LIBERTAIRE 

 

 

Ps : prenez votre mal en patience. Quelque chose me dit que nager avec les tortues, boire des cocktails sur la plage et lutiner des vahinés permettra au Charançon de recharger des batteries qui frôlaient la surchauffe. Et qu'à son retour, bronzé et fringant, il exercera ses talents de parasite fouineur avec encore plus de maestria. 

03/01/2008

D'accord : la droite craint à mort. Mais à gauche aussi, il y a de sacrés guignols. Hein, Arnaud ?

 

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Hein ?

Quoi ?

Il a une sale gueule ?

C'est vrai.

Il ne vous plait pas, ce monstre de la nature ?

Je comprends.

Et ce veau à deux têtes vous met même mal à l'aise ?

Moi aussi.

 

Mais : attention !

Cet animal n'est pas qu'un incroyable accident génétique.

Il est surtout l'illustration de la constance de l'évolution.

Preuve vivante (même si ça n'a pas été très longtemps...) que la nature ne cesse de se réinventer.

De tester.

De se remettre en cause.

Et d'essayer.

Quitte à se planter dans les grandes largeurs.

 

L'idée était pourtant brillante.

Basée sur l'hypothèse que deux-têtes-valent-mieux-qu'une-tu-l'auras.

Et qu'un être vivant a tout à gagner à posséder deux cerveaux.

Avec un sacré paquet de neurones supplémentaires.

Et quatre hémisphère au lieu de deux.

Histoire de s'adapter à tous les cas de figures.

De jouer sur deux tableaux à la fois.

Et de faire une chose et son contraire.

L'idéal...

 

Vous êtes sceptiques ?

Vous ne devriez pas.

La chose pourrait se révéler utile.

Et grandement faciliter la vie.  

Ben oui : plus besoin de trancher.

Ou de bêtement choisir entre deux attitudes.

Tant l'être humain bicéphale peut se permettre le luxe de manger à plusieurs râteliers.

Prônant une chose tout en effectuant l'inverse.

En toute bonne conscience.

 

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Un qui a bien compris le truc.

C'est Arnaud Montebourg.

Ce foutu chevalier blanc de la gauche.

Pseudo Saint-Just de notre démocratie.

Donneur de leçons perpétuel.

Qui vient avec une incroyable indécence de mettre à bas toutes ses imprécations passées.

Pour un confortable poste de président de conseil général.

 

Plutôt qu'à rire, l'histoire prête à pleurer.

Tant il est un brin désespérant de voir combien ceux qui se prétendent les plus purs.

Peuvent se révéler les plus inconstants.

Et les moins dignes de confiance.

Ainsi de celui qui n'avait jamais cessé d'appeller à la moralisation de la vie politique.

Se faisant une spécialité de fustiger le cumul des mandats.

Jusqu'à y voir l'une des explications du délabrement des institutions.

Et du divorce des Français avec la démocratie.

 

Mieux : en décidant de se présenter aux cantonales à Montret (Saöne-et-Loire), le député Arnaud Montebourg ne s'est pas contenté de trahir ses idéaux.

Non.

Il s'est aussi débrouillé pour le faire sans aucun panache.

Et en prenant visiblement ses électeurs pour des abrutis.

C'est que "le pourfendeur de la Ve République" avait cru bon d'organiser un pseudo-suffrage sur son blog.

Appellant au début du mois de décembre à légitimer son revirement : "Je lance (...) un appel aux citoyens de ma circonscription pour qu’ils me disent ce qu’ils feraient à ma place sur mon site Internet arnaudmontebourg.fr. Au vu de ce débat public, je pense pouvoir être en mesure d’annoncer ma décision positive ou négative aux alentours de Noël..."

Expliquant aussi : "Mon idéalisme me pousse à tenir bon sur mes principes, mais (...) mon réalisme m'engage aussi à affronter les graves problèmes qui nous attendent. Dans l’action publique, on peut périr d'être un romantique impénitent! Par ailleurs, on ne cesse de me rappeler l’obligation qui m’est faite de dépasser le magistère du verbe et de concrétiser les idées rénovatrices que je porte."

 

Et ?

Ben : les citoyens ont dit non.

Tout bêtement.

Et ils ont clairement affiché leur sentiment qu'Arnaud de Montebourg serait plus crédible s'il s'abstenait de briguer la présidence du Conseil général de la Bresse.

 

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Mais qu'importe...

Arnaud a décidé d'y aller quand même.

"C’est donc une décision impopulaire, comme il est parfois nécessaire d’affronter dans la vie publique, que j’ai décidée de prendre en me présentant devant les 2971 électeurs du canton où j’habite, à Montret, dans notre Bresse de Saône-et-Loire. Je voudrais dire à ceux qui m’ont conseillé de n’en rien faire qu’il s’agit de ma part d’un choix lié à la situation du pays, aux graves bouleversements qui se préparent, et à la nécessité de préparer une nouvelle gauche, capable de démontrer sa crédibilité à exercer les responsabilités à la tête du pays", tente-il d'expliquer sur son bloug, en un billet qui mérite amplement la palme de l'hypocrisie.

"Une décision impopulaire"...

"La nécessité de préparer une nouvelle gauche"...

Oui : il fallait oser...

Mais le député de la Bresse n'a peur de rien, qui explique aussi dans Libération : "Ce n’est pas un abandon. C’est un changement de pratique personnelle, et un changement de priorité. Ce qui est en jeu, c’est la crédibilité de la gauche et de ses dirigeants. Cette crédibilité est aussi importante que l’exigence du mandat unique."

Eheh...

 

C'est étrange.

On a beau se dire vacciner.

Et se penser habitué au pire.

Il y a toujours un moment où la versalité des hommes politiques français parvient à vous surprendre.

Un peu...

 

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Mais entre tous, le député socialiste mérite la plame.

Lui qui prétend continuer à jouer au chevalier blanc.

Jusqu'à écrire sur son bloug : "S’agit-il d’un renoncement au mandat unique ? Ce serait bien mal me connaître ! J’ai pratiqué avec conviction pendant dix ans contre les vents et les marées, le mandat unique. C’était un outil de promotion de la VIème République, visant à transformer l’ensemble du système politique."

Sans déconner...

 

 

PS : eheh, c'est les vacances.

Et à cet instant même, je vole vers le soleil de Mayotte.

 

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Loin du froid et de la grisaille, je penserai à vous,

Et même : je devrais poster quelques billets.

Mais à un rythme de croisière, soit un tous les deux ou trois jours.

Et à condition que la connexion bas-débit ne me joue pas de mauvais tours.

A pluche, les aminches.

 

02/01/2008

Pour caresser la police dans le sens du poil, Nicolas Sarkozy est prêt à dire tout et n'importe quoi. Jusqu'à transformer Villiers-le-Bel en Bagdad-City, où les policiers sont tombés comme des mouches sous les balles des "assassins".

 

Euh...

Ça vous dit, un petit test ?

Non, non : rien de trop long.

Juste l'affaire de deux-trois photos.

Histoire de vérifier vos réactions.

Ok ?

Parfait, c'est parti.

 

Donc : est-ce que cette image provoque en vous un quelconque sentiment de plaisir ?

 

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Non ?

Pas de vague excitation ?

Ni de trouble un brin malsain ?

Je me disais aussi...

 

Et celle-ci, elle vous fait quelque chose ?

 

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Non plus ?

Pas de frétillement enthousiaste ?

Ni de brusque élan de sympathie ?

Il me semblait aussi...

 

Mais quand même : tentons le coup une dernière fois.

Histoire de définitivement savoir à quoi s'en tenir.

Cette photo, elle vous inspire quelque chose ?

 

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Toujours rien ?

Pas d'envie de serrer le porteur de l'uniforme dans vos bras ?

Ni de le presser avec émotion contre votre coeur ?

J'en étais sûr.

Et j'ai une bonne nouvelle pour vous : a priori, vous êtes indemne.

Et n'avez pas (encore) été touché par le virus policius influenzae.

 

Oh : pas de quoi rire.

Ni de prendre le risque d'épidémie à la légère.

Tant ce virus, très actif en ces périodes de fêtes, peut s'avérer dangereux.

Provoquant de fiévreux et irrépressibles élans de tendresse pour les membres de la police nationale.

Ainsi que des passionnelles pulsions pour l'uniforme, garant de l'ordre et de l'autorité.

Une petite bactérie contagieuse, d'autant plus dangereuse qu'elle s'attaque d'abord aux hauts responsables de la majorité présidentielle.

Avec une prédilection particulière pour ceux qui ont un jour été ministre de l'Intérieur.

 

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Vous doutez ?

Vous voulez un exemple ?

Soit.

Prenez Nicolas Sarkozy.

(C'est une image, hein...)

Ardent thurifaire de la sécurité qui recevait le 1er janvier des "personnels mobilisés la nuit de la Saint-Sylvestre".

Tous membres de la fonction publique, qu'ils soient gaziers, agents de la RATP, cheminots, infirmières ou... policiers.

Et qui, en veillant sur les Français, "leur (ont) permis de passer les réjouissances" de fin d'année "en toute tranquillité".

 

Tous des héros ?

Oui... mais certains plus que d'autres.

Tant cette cérémonie des voeux (dont le discours est disponible ICI) a vite tourné à la seule louange des forces de police.

Jugées aussi "exemplaires" pour maintenir l'ordre la nuit du nouvel an.

Qu'elles l'auraient été lors des incidents de Villiers-le-Bel.

A tel point que notre chef de bataillon présidentiel n'a pas hésité à en rajouter un peu.

A en rajouter beaucoup.

A en rajouter un max.

Pour dresser le panégiryque des uniformes mobilisés lors des événements de Villiers.

Et pour les caresser dans le sens du poil.

 

"Je peux vous dire que je suis fier de vous, que je n'oublierai pas, que la France n'oubliera pas, ce que nous vous devons et le prix de votre sacrifice", a notamment claironné le tambour-major.

Avant de se féliciter que sur les "81 membres des forces de sécurité sur lesquels ont a tiré et qui ont été blessés", aucun n'ait fait usage de son arme.

Euh...

81 blessés par balle…

Ce n'est plus Villiers-le-Bel, mais Bagdad-City…

 

Problème : c'est un cas évident de manipulation et de gonflement des chiffres.

Qui confine au mensonge pur et simple.

"Aujourd'hui encore, même s'il semble établi que le nombre de policiers blessés par arme à feu est sensiblement supérieur à ce qu'il fut en 2005, il est difficile d'établir un bilan précis et fiable du nombre de blessés par armes à feu", notait le site Arrêt sur Images le 6 décembre dernier.

Avant de faire état des bilans très différents parus dans la médias : "Une dépêche AFP du 2 décembre reprenant des chiffres du ministère de la justice faisait état de 119 blessés, dont cinq grièvement. Le Figaro Magazine du 1er Décembre dénombre "une dizaine de blessés graves touchés par balles, plombs ou éclats de verre". Dans son édition du 6 décembre, Le Point évoque 30 blessés par armes à feu, alors que le nouvel Obs, citant un syndicaliste d'Alliance, ne mentionne qu' "une quinzaine de blessés par armes à feu". Par ailleurs, au 20h de France2 du 5 décembre , Jean Espitalier, directeur général de la police judiciaire de Versailles, affirmait que "c'était la première fois que 55 policiers dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre sont blessés par balles, alors qu'une quinzaine d'autres étaient blessés aux plombs."

Bref, pas de bilan officiel et le nombre de blessés par arme à feu reste vague et flou.

Mais une certitude : il est beaucoup moins important que celui avancé par Nicolas Sarkozy le 1er janvier pour faire plaisir aux forces de l'ordre.

 

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Sur sa lancée, le président ne s'en est pas tenu là.

Et à poursuivi son chant d'amour à la police.

En continuant à raconter n'importe quoi.

"Je sais que l'enquête avance, a t-il noté, et j'ai bon espoir que les assassins -car lorsque l'on tire sur quelqu'un, on est un assassin- qui ont utilisé des armes de chasse pour tirer sur des policiers seront rapidement traduits devant la justice."

Euh...

Pas du tout, évidemment.

Les "assassins" de Villiers-le-Bel n'en sont pas.

Pour la bonne raison qu'il n'y a pas eu de mort lors des deux jours d'affrontements entre les jeunes et la police.

Rien à voir avec la définition d'assassinat, donc : "En droit pénal, on définit l'assassinat comme un meurtre prévu et préparé par son auteur (que l'on qualifie alors d'assassin). Il suppose donc la préméditation, c'est-à-dire la prise de décision de tuer autrui et la réflexion sur la mise en œuvre de cette décision."

Dommage...

 

On pourrait juger ces manipulations des chiffres et de la syntaxe anecdotiques.

Mais ce serait une erreur.

Tant il n'est jamais anodin de voir un président prendre de telles libertés avec la vérité.

Et tant son obstination à servir la police, quitte à mentir pour elle, révèle un dangereux travers.

Qui fait passer l'amour de l'ordre avant toute autre considération.

Et le respect de l'autorité avant toute autre valeur.

 

Au fait...

Méfiez-vous.

Les virus volent bas cette année.

Et je n'aimerais pas que vous en soyez aussi atteint.

De ce fichu policius influenzae.

 

31/12/2007

Vous savez quoi ? 2008 sera pourri ou ne sera pas. Et bonne année !

 

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Dites.

Puisque les cérémonies de voeux sont à l'honneur.

Je me suis dit que je pouvais faire la mienne aussi.

(Tant qu'à faire...)

 

Oh : rien de très solennel.

Ni d'aussi percutant que la promotion à grand spectacle de notre bateleur en chef.

Juste un rapide souhait de bonne année.

Avant d'aller célébrer ça comme il se doit.

 

Donc :

2007 a été une année pourrie, dégueulasse et très désagréable.

Et bien, je suis en mesure de vous annoncer que 2008 sera encore pire.

(Voilà, c'est fait)

 

Mais quand même : bonne année (combative) à tous !

 

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Ps : je sais, je ne me suis pas foulé.

Mais aussi, je me traîne une sacré crève...

Bref, joyeux réveillon.

Et à mercredi : vous aurez droit à un billet plus consistant.

(Parce que bon... faut pas déconner non plus...)

 

28/12/2007

Avec le coup de foudre présidentiel, le fils de pub Jacques Séguéla vient de réaliser sa meilleure campagne : un conte de fée nommé désir...

 

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"Nicolas, il était très seul. Ça l'a quand même touché tout ça (le divorce avec Cécilia Sarkozy, ndlr). Il m'a dit : écoute, fais-moi un dîner de copains chez toi avec ta bande, je n'en peux plus d'être seul le soir à l'Elysée."

 

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"Moi, j'ai voulu lui faire un diner de copains de gauche et donc j'ai voulu y inviter des gens qui fassent un peu réagir et bouger. J'ai pensé à Julien Clerc, qui n'a pas pu venir parce que ce jour-là il chantait, Carla Bruni, et puis deux autres couples. Et j'ai vécu en direct le coup de foudre présidentiel. Ils ne s'étaient jamais vus et je pense qu'ils ne se quitteront plus jamais."

 

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"Ils sont repartis ensemble, mais pas pour ce que l'on croit. Il l'a raccompagnée chez lui et je sais qu'il ne s'est rien passé parce que c'était deux heures du matin, et cinq minutes après, Carla m'a téléphoné. Elle m'a dit : ton copain, il est quand même curieux, je lui ai donné mon numéro de téléphone et il ne m'a pas rappelée."

 

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"Il venait de la quitter depuis cinq minutes."

 

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PS : Quoi ?

Vous ne voyez pas le rapport ?

Rassurez-vous : vous allez comprendre.

D'abord en allant lire la narration par Jacques Séguéla du dîner qui vit le petit monier s'amouracher de la belle chanteuse écervelée.

                                     C'EST ICI.

 

C'est fait ?

Incroyable, n'est-ce pas ?

Oui : mené avec une telle impudeur, le foutage de gueule relève du grand art.

Et de la classe intersidérale.

A tel point que Jacques Séguéla, fils de pub qui n'en finit pas d'essayer de faire oublier ses accointances passées avec la gauche, signe sans doute là sa plus belle campagne.

Un chef d'oeuvre, façon conte de fée sarkozyste, qui dépasse toutes les précédentes réalisations du publicitaire.

Qu'il s'agisse du célèbre slogan "Demain, j'enlève le bas".

Du très efficace "La force tranquille".

Ou de la longue collaboration, dont sont issues les photos précédentes, avec "Carte Noire, un café nommé désir."

 

Ah...

Tiens...

Puisqu'on en parle, autant écouter l'avis d'un expert : "Carte noire a toujours raconté la même histoire: l'arôme unique et profond du café provoque un désir intense qui réunit un homme et une femme", résume Alain Roussel, manager associé d'Euro RSCG, boîte de pub créée par Séguéla.

"Carte noire est un mythe, une affirmation. Le produit n'est jamais expliqué, seul son bénéfice émotionnel est évoqué: un café unique pour des moments d'exception. Nous ne vendons pas du café, nous vendons du rêve, de la sensualité, du raffinement", y va de son petit couplet Chrystel Barranger, chef de produit Carte noire.

"Un désir intense."

"Du rêve."

"De la sensualité."

Tout s'explique, non ?

Oui.

Il n'y a que "le raffinement" qui ne colle pas avec les pseudos aventures sentimentales du bateleur en chef.

Mais on ne va pas mégotter pour si peu...

 

PPS : quand même, recycler ses campagnes de pub pour la communication présidentielle.

Ce Séguéla, quel talent...

 

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PPPS : je ne résiste pas au plaisir de vous abreuver d'une nouvelle citation de la Société du spectacle : "La société qui repose sur l'industrie moderne n'est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l'économie régnante, le but n'est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d'autre qu'à lui-même."

Ce Guy Debord, quel talent...

 

27/12/2007

Pour certaines entreprises norvégiennes, c'est crève ou évolue... Preuve qu'il n'y a pas de fatalité face à la toute-puissance du marché.

 

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C'est la petite musique néo-libérale.

Et elle a définitivement pris racine dans nos inconscients.

A tel point qu'ils ne sont plus très nombreux.

Ceux qui contestent le refrain chantant la toute-puissance des entreprises.

Et l'incapacité des Etats à les réglementer.

A les contraindre.

Et à les obliger.

 

Vous en doutez ?

C'est pourtant toujours la même chose.

Qu'il s'agisse de protester contre les incroyables plus-values réalisées par les entreprises du Cac 40.

(Soupir résigné...)

De dénoncer le poids excessif d'actionnaires obnubilés par la rentabilité.

(Haussement d'épaule fataliste...)

De s'insurger contre les salaires et avantages que s'octroient certains dirigeants.

(Moue désabusée...)

Ou de regretter la vision purement comptable et financière des entreprises qui font le choix de la délocalisation.

(Molle désapprobation sans conviction...)

A chaque fois, l'indignation de façade ne sert qu'à masquer l'impuissance revendiquée.

Comme si le monde actuel ne laissait aucune latitude aux Etats.

Forcés de laisser faire.

De rester passifs.

Et d'en prendre leur parti.

 

Et ?

Mensonge !

(Bien entendu.)

Tant l'aveu d'impuissance ne traduit rien d'autre que l'acceptation enthousiaste du credo libéral.

Qui veut que l'entreprise soit reine.

Et son contrôle aussi malvenu qu'improductif.

 

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Heureusement.

Certains de nos camarades européens ne se privent pas de nous rappeller à l'occasion combien la petite musique des marchés n'est pas une fatalité.

Et s'échinent à prouver qu'une régulation est encore possible.

A l'image des Néerlandais.  

Fichus gauchistes qui avaient décidé en septembre dernier de limiter les rémunérations des patrons.

Ou plus récemment des Norvégiens.

Satanés marxistes qui n'ont rien trouvé de mieux que d'obliger les 480 sociétés anonymes du pays à féminiser leur conseil d'administration, conte aujourd'hui Le Figaro.fr.

Qui ne sait s'il doit s'étouffer ou applaudir devant cet exemple réussi d'entorse à la sacro-sainte liberté des marchés.

 

Comment ?

Vous dites ?

Il n'y a là rien de très révolutionnaire ?

C'est vrai.

Ce n'est (même si c'est déjà beaucoup) rien d'autre que la preuve de l'importance qu'attachent les pays nordiques à la parité homme-femme ?

C'est encore vrai.

Il n'y a pas là de quoi bouleverser l'ordre économique ?

C'est toujours vrai.

Sauf que...

 

Sauf que vous négligez un point essentiel.

Soit la façon dont les Norvégiens ont contraint ces entreprises à changer.

Pour cela, ni conciliation.

Ni ton compréhensif.

Ni vague incitation.

Non : les Norvégiens y sont allés carrément.

Recourant sans hésiter à l'arme absolue.

 

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Oui : rien de moins que la menace de la dissolution.

"Unique en Europe, une loi adoptée par le Parlement d'Oslo oblige les entreprises du pays à accorder aux femmes 40% des sièges de leurs conseils d'administration. Les compagnies réfractaires ont jusqu'au 1er janvier pour s'y conformer. Sous peine d'être dissoutes !", explique le journal des patrons, qui visiblement n'en revient pas.

"La voie choisie par la Norvège est « radicale », reconnaît volontiers sa ministre de l'Égalité et de la Famille, Manuela Ramin-Osmundsen. Mais, selon les gouvernements qui se sont succédé aux affaires depuis six ans, c'était le seul moyen de faire avancer les choses. « Beaucoup de gens, reprend la ministre travailliste, disent que les entreprises doivent avoir une liberté totale, que le processus doit être volontaire. Mais on voit que ça ne marche pas. Quel autre pays a d'aussi bons résultats que la Norvège ? »", poursuit le quotidien de Dassault.

Radical, en effet.

 

Je ne sais pas pour vous.

Mais ça me met un peu de baume au coeur.

De constater que, face aux entreprises, le recours au bâton n'a pas tout à fait disparu.

Et je me prends à rêver d'un gouvernement qui déciderait de mettre les grandes entreprises au pas.

En agitant la menace d'une dissolution des conseils d'administration.

Histoire de faire taire enfin cette petite chanson néo-libérale.

Qui fait rien tant que chanter les vertus du marché.

En prétend qu'il n'existe nul moyen de pression pour lutter contre ses déréglements.

 

Y a pas : ils ont la classe, ces Norvégiens.

Pour des gauchistes...

 

 
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